Née en 1962 à Chicago, Emil Ferris a connu une trajectoire hors du commun avant de devenir, à presque 55 ans, une révélation mondiale de la bande dessinée.
Une carrière lancée par son premier roman graphique, J’aime surtout les monstres, paru en 2017. Réalisé entièrement au stylo à bille sur papier ligné, ce pavé de plus de 800 pages s’est imposé comme une œuvre majeure, récompensée notamment par trois Eisner Awards et le Fauve d’or du Festival d’Angoulême en 2019.
L’artiste mélange avec subtilité faits historiques, mythologie, histoire de l’art, psychologie et culture populaire. « J’aime surtout les monstres », dit celle qui dévie des conventions traditionnelles de la bande dessinée : pages de journal intime, portraits monumentaux, références à des œuvres classiques et séquences graphiques éclatées composent une expérience visuelle unique.
La maîtrise du dessin de l’artiste américaine est d’autant plus remarquable que son parcours aurait pu s’interrompre brutalement.
Elle contracte le virus du Nil occidental
Car en 2001 Emil Ferris contracte le virus du Nil occidental, une maladie qui la laisse partiellement paralysée et lui fait perdre l’usage de sa main droite, celle avec laquelle elle dessinait. Pendant sa rééducation, elle reprend des études à l’Art Institute de Chicago et recommence progressivement à créer. Avec l’aide de sa fille, qui lui fixe un crayon à la main, elle retrouve son geste artistique et entreprend l’œuvre qui changera sa vie.
Reconnaissance tardive
Avant cette reconnaissance tardive, Emil Ferris travaillait comme illustratrice et créatrice de jouets. Son style au stylo-bille, composé d’innombrables hachures et de jeux d’ombre, transforme une technique simple en un langage d’une intensité exceptionnelle.
Emil Ferris : « Écrire, dessiner, c’est jeter des sorts »
Le trait devient presque une forme d’envoûtement. « En vérité, écrire, dessiner, c’est jeter des sorts », explique-t-elle, considérant la bande dessinée comme « un des niveaux de sorcellerie les plus élevés ». Ses œuvres ont trouvé leur place au Cartoonmuseum Basel, seul musée suisse entièrement consacré à l’art de la satire, à travers l’exposition « Between Selves », déclinée en 8 chapitres. Elle réunit dessins originaux, œuvres inédites, illustrations et objets issus de son univers foisonnant. « Dans une certaine mesure, nous sommes tous des monstres », a déclaré l’artiste, présente au musée ce jeudi 2 juillet pour la présentation de l’exposition.
Exposition « Between Selves », au Cartoonmuseum de Bâle, du 4 juillet au 15 novembre. Ouvert du mardi au dimanche, de 11 h à 17 h. Entrée : 12 CHF (7 CHF tarif réduit), infos : cartoonmuseum.ch