Les cantons romands lancent une vaste offensive contre les escroqueries aux faux policiers et les réseaux criminels, principalement basés en France. Plus de 5000 cas et 18 millions de francs volés ont été répertoriés depuis 2022 sur leur territoire, malgré de nombreuses campagnes de prévention.

Les polices romandes et fedpol ont décidé d’unir leurs forces « pour traquer les commanditaires et cibler les exécutants », ont fait savoir vendredi les cantons de Fribourg, Genève, Jura, Neuchâtel, Vaud et Valais.

Les enquêtes menées jusqu’ici indiquent que ces escroqueries sont imputables à des groupes criminels organisés, qui agissent surtout depuis la France. Pour contrer le phénomène, la Conférence latine des chefs de police judiciaire a lancé une opération conjointe en février, en étroite collaboration avec l’Office fédéral de la police.

Une ampleur inédite

Invité vendredi de l’émission Forum, Simon Baechler, chef de la police judiciaire neuchâteloise et en charge de cette opération conjointe, explique l’ampleur tout à fait inédite du phénomène.

>> Ecouter l’interview de Simon Baechler dans Forum : Les polices romandes s’unissent pour lutter contre les faux policiers: interview de Simon Baechler / Forum / 5 min. / aujourd’hui à 18:07

« C’est un phénomène d’une ampleur véritablement exceptionnelle, même s’il a connu un fléchissement en milieu d’année passée. Depuis, ça ne cesse d’augmenter. Les cas sont toujours plus nombreux et importants. C’est pour cela qu’il faut une réponse exceptionnelle avec la création d’une opération intercantonale », analyse-t-il.

Outre la coopération intercantonale, Simon Baechler rappelle également que les polices collaborent aussi au-delà de la frontière. « Avec la France, la collaboration se fait depuis un moment et elle s’est encore intensifiée. C’est un échange qui fonctionne bien à différents niveaux. On échange activement avec nos partenaires français pour leur faire comprendre l’ampleur du problème, la nécessité d’agir sur ces criminels et de travailler ensemble », précise-t-il.

Simples exécutants

L’objectif de l’opération est triple: mutualiser les enquêtes sur les commanditaires, entraver et dissuader les complices agissant sur le sol suisse et intensifier la prévention. Au-delà, pour récupérer leur butin en Suisse, les réseaux criminels recrutent ce que l’appelle des « coursiers », précise le communiqué.

Ce sont en majorité de jeunes adultes, homme ou femme, principalement originaires de France, mais aussi de Suisse romande. Ils sont recrutés sur les réseaux sociaux via des promesses d’argent « facile et rapide ». Mais derrière les discours attractifs diffusés par les commanditaires se cache une réalité bien plus cynique.

Les coursiers sont de « simples exécutants interchangeables, payés bien moins que promis ». Ils sont amenés à livrer leurs propres données personnelles aux commanditaires et peuvent subir des menaces, des violences, ou sont dénoncés à la police par leurs propres commanditaires si les résultats sont jugés insuffisants.

Des conséquences judiciaires réelles

Les polices romandes rappellent que ces coursiers portent d’abord une responsabilité pénale dans la réalisation d’infractions particulièrement honteuses ciblant des victimes vulnérables. Ils s’exposent naturellement à des conséquences judiciaires, incluant la détention préventive et une inscription au casier judiciaire.

Et le taux d’identification est par ailleurs élevé, souligne le communiqué commun. Les polices appellent en conséquence ces jeunes adultes « à faire preuve de vigilance, à ne pas céder à ces annonces trompeuses et à l’illusion d’un argent prétendument facile ».

ther avec ats