En ce moment, Frank Leboeuf redevient américain, un peu. Il travaille pour ESPN à Bristol, dans le Connecticut, pas si loin des Bleus et de Boston. À 58 ans, il reste un visage connu, en France, pour son passé de champion du monde 1998, bien sûr, mais aussi pour deux publicités très vues à la télé, qui rappellent son présent d’acteur de théâtre, 1 600 représentations à son actif, une tournée jusqu’en décembre. À l’occasion de la Coupe du monde, il évoque son histoire particulière avec Los Angeles.

« Comment raconteriez-vous cette ville ?
J’ai vécu là-bas de 2005 à 2013. La première chose à dire : n’y allez pas à pied, c’est une ville pour les voitures. Et le « downtown » reste plutôt à éviter, ça n’a pas changé. Mais c’est une ville où il y a un plaisir de vivre, où l’on s’appelle « dude », mon pote, même quand on ne se connaît pas. C’est tranquille, un peu surfeur, et il y a plein d’acteurs. Mais quand tu es acteur et que tu n’es pas connu, tu ne dis pas que tu es acteur, parce que sinon on te demande dans quel restaurant tu travailles (rires). Après, j’adore la ville, je me suis éclaté, j’ai trouvé des amis, il y a un optimisme général assez impressionnant, surtout par rapport à nous, mais au niveau culturel, c’est en dessous de New York et de Chicago.

À une époque, vous jouiez là-bas avec une équipe d’acteurs et d’anciens footballeurs, Hollywood United ?
Cela existe encore un peu, mais les gens que j’ai connus n’y sont plus, parce qu’ils sont trop vieux et parce que la structure a changé. Le président n’est plus Anthony LaPaglia (acteur de FBI : Portés disparus), il y avait aussi Jimmy Jean-Louis qui jouait dans la série Heroes, Jason Statham, tous ces acteurs, et des anciens joueurs comme Vinnie Jones et Alexis Lalas. En arrivant, je voulais arrêter de jouer au foot, parce qu’il faut arrêter à un moment, on fait de la peine, mais j’ai bien fait de jouer avec eux. J’ai un souvenir tendre pour eux parce que ça m’a permis de me remettre sur pied. J’ai eu beaucoup de difficultés après ma carrière, mon papa est décédé, j’ai arrêté de jouer, j’ai divorcé, cela a fait beaucoup d’événements en quelques mois, et c’est le foot au Hollywood United qui m’a remis d’aplomb.

L.A. est une ville où l’on se trouve, ou bien où l’on se perd ?
On peut s’y perdre. J’ai été célibataire à un moment donné, alors ça va, mais je ne conseille pas forcément à des couples d’aller là-bas, c’est trop dangereux (sourires). Mais on s’y perd aussi parce que tu n’as pas trop envie de bosser, c’est « chill out », tranquille. La mentalité américaine, c’est de se lever à 5 heures pour bosser comme des malades, comme à New York, ce côté « work hard, play hard », mais Los Angeles c’est compliqué. Et beaucoup de gens sont venus là pour être acteurs…

Vous aussi…
Oui, et je continue, je me suis pris en main. C’est vraiment un milieu très compliqué, et on a vu toutes les histoires, pour les filles qui viennent de loin et tombent dans des traquenards.

C’est aussi une ville où personne ne savait qui vous étiez ?
J’y suis allé un peu pour ça, pour travailler tranquillement. Cela a pris près de deux ans pour qu’un photographe, un paparazzi italien, me reconnaisse pendant que je faisais mes courses. Là-bas, je faisais croire que j’étais commercial, que je vendais des trucs. C’était mon métier quand j’avais 20 ans, quand je suis arrivé à Laval, alors c’est comme ça que je me présentais dans les castings. Je disais : « Je suis commercial, je voudrais faire l’acteur, est-ce que je peux essayer ? » La réponse était toujours la même : mais bien sûr, c’est les États-Unis, vous avez le droit d’y croire jusqu’à votre dernier souffle. Au bout de deux ans, donc, quand ce paparazzi m’a pris en photo, je lui ai dit vas-y, de toute façon ça ne vaut plus rien (rires). C’est à cette période, sans doute, que j’ai été peut-être le plus heureux. Je me suis remis sur pied, et je suis parti vers une autre vie, par rapport au foot. Los Angeles a été la cassure avec le foot et une certaine célébrité.

Vous avez connu, aussi, les soirées dans les beaux quartiers…
Je n’étais pas célibataire à 17 ans, je le suis devenu plus tard, à Los Angeles, et à ce moment-là, c’est vrai, j’ai apprécié les soirées. Un peu trop, peut-être, mais tout en restant sportif, en allant à la salle tous les matins ! Mais à trois heures du mat, c’est vrai, Franky était debout (rires).

On se souvient qu’un jour où on vous interviewait dans un bar, là-bas, l’acteur Laurence Fishburne était venu vous dire bonjour, par exemple…
C’était à La Petite Porte, Laurence Fishburne, mais aussi Jim Carrey ou Halle Berry venaient souvent manger là, et comme j’étais copain avec Nicolas et Frédéric, les patrons français, on se retrouvait régulièrement, et ça semblait normal. C’est comme ça que je me suis retrouvé pour Thanksgiving chez Jim Carrey, qu’il m’a montré le Mask et me l’a fait essayer. C’est autre chose, Los Angeles, une autre vie, où Sylvester Stallone te klaxonne à la station-service : « Dis donc, t’en as pour longtemps, de prendre ton essence ! » C’est quand même Rocky, derrière toi… T’es dans un autre monde.

C’est une ville où le sport de haut niveau est très présent ?
Déjà, il y a la culture du corps, beaucoup de gens font du sport, là-bas. Après, il y a tous les sports professionnels. À L.A. se croisent la mentalité américaine, qui pousse à se surpasser, et la passion des Latinos. Je n’aime pas trop aller dans les stades, mais j’ai vu des matches de hockey avec un ami canadien, les Lakers et les Clippers plusieurs fois, quand Tony Parker et Steve Nash étaient en ville, et je suis même allé à San Antonio voir un match chez Tony avec son papa. Le sport a toujours fait partie de ma vie. L’autre jour, je suis allé à Fenway, à Boston, pour voir Red Sox-Yankees, 4-4 en fin de match, un home-run pour finir, monumental.

Où habitiez-vous, à LA ?
Au début, à Beverly Hills, mais je trouvais que c’était un peu cher, quand même. Après, j’ai acheté une maison à côté du Grove, sur Pico et Fairfaix, proche de tout et des autoroutes. Là-bas, c’est comme ça qu’il faut calculer. C’était une belle vie, et une belle ville, qui a beaucoup changé. Je vais à LA maintenant, pour tourner la pub Sketchers à Manhattan Beach, chaque année. C’est marrant, avec les pubs, en France, on me voit beaucoup, et parfois il faut que j’explique aux gens que je ne vends pas de voitures (sourires). Il y a des gens qui rentrent chez Sketchers et demandant « les chaussures Frank », mais ça n’existe pas. Des enfants me demandent des photos et ne savent pas que j’ai été footballeur. »