De sa participation à l’Eurovision à son intégration à l’Union européenne de radio-télévision, le Canada multiplie les signaux d’ouverture envers l’Europe. Un rapprochement qui s’inscrit dans une logique d’alliances face à un ordre mondial de plus en plus dominé par les rivalités entre grandes puissances.
Cette semaine, les organisateurs de l’Eurovision ont fait savoir que le Canada allait participer au concours européen de la chanson en 2027 en Bulgarie, étendant au continent américain le plus grand événement musical télévisé en direct du monde.
Cette annonce fait suite à l’annonce de CBC/Radio-Canada la semaine dernière, qui a indiqué qu’elle était devenue membre à part entière de l’Union européenne de radio-télévision (UER), une entité qui réunit les diffuseurs publics, dont la RTS. Et cette adhésion a ouvert la voie à la participation du pays nord-américain au concours.
Ces signaux sont révélateurs de l’évolution de la relation entre le continent européen et l’Amérique du Nord et ses deux grandes entités, le Canada et les Etats-Unis.
Consolider un réseau d’alliés
Il s’agit d’une stratégie très assumée du Premier ministre canadien Mark Carney de se rapprocher de l’Europe tout en s’éloignant des Etats-Unis, mais aussi de miser sur la réputation canadienne pour tenter de rayonner à l’international, notamment en Europe.
« C’est un signal symbolique que d’abord, le Canada s’intéresse à l’Europe, puisqu’il est isolé, avec une tension croissante avec son grand voisin américain », a expliqué Yves Bertoncini, consultant en affaires européennes, dans l’émission Tout un monde de la RTS.
Du côté européen, la logique est similaire: dans un monde structuré par les rivalités entre les États-Unis, la Chine et la Russie, l’Union européenne cherche à consolider un réseau d’alliés partageant les mêmes principes et les mêmes valeurs.
>> Voir le sujet du 12h30 sur la participation du Canada à l’Eurovision : Eurovision: le Canada s’éloigne des Etats-Unis pour séduire l’Europe / Tout un monde / 5 min. / hier à 08:12 Un partenaire jugé fiable dans un monde instable
Le Canada est également perçu en Europe comme un partenaire solide sur les plans militaire, économique et politique. Membre de l’Otan et du G7, il s’inscrit dans la sécurité transatlantique et entretient un lien historique fort avec le continent, notamment depuis la Seconde Guerre mondiale.
Le Canada représente le cousin d’Amérique, bienveillant, affectueux, par opposition à l’oncle d’Amérique qui devient agressif et même répulsif
Yves Bertoncini, consultant en affaires européennes
Sur le plan sécuritaire, les convergences restent également fortes, notamment sur la question du soutien à l’Ukraine, où le Canada s’est dit prêt à déployer des troupes aux côtés des Européens.
Pour Yves Bertoncini, cette proximité s’explique aussi par une dimension presque culturelle et affective vis-à-vis du continent européen. « Le Canada représente le cousin d’Amérique, bienveillant, affectueux, par opposition à l’oncle d’Amérique qui devient agressif et même répulsif quand il s’agit de l’administration Trump. »
Des valeurs communes
Sur le plan économique, l’accord commercial entre l’Union européenne et le Canada, ratifié il y a une dizaine d’années, facilite également l’accès à des ressources stratégiques comme le lithium, le cobalt ou l’uranium.
Mais c’est surtout sur le terrain des valeurs que la convergence est mise en avant: attachement à l’État de droit, à la démocratie et à la protection des minorités. « Un modèle qui semblait aller de soi, mais qui ne l’est plus dans les États-Unis aujourd’hui », souligne le spécialiste.
Une « puissance moyenne »
Dans cette recomposition mondiale, le Canada est de plus en plus vu comme une « puissance moyenne » et un allié aux côtés de l’Union européenne.
Une catégorie qui cherche à s’organiser face à des puissances jugées plus coercitives ou imprévisibles incarnées par Washington, Pékin ou encore Moscou.
Propos recueillis par Eric Guevara-Frey/hkr