La Suisse attendra mardi la Colombie en 8es de finale de la Coupe du monde, 32 ans après une défaite 2-0 aux Etats-Unis (match à suivre à 22h00 sur RTS 2). Sélectionneur du Tchad et consultant pour RTSsport, Raoul Savoy nous livre quelques clefs de ce match.

RTSsport.ch: Raoul Savoy, la Suisse aura donc pour adversaire la Colombie, mardi en 8es de finale de la Coupe du monde. Pas un cadeau, si on compare avec le Ghana…

RAOUL SAVOY: Non, effectivement. Il aurait mieux fallu tomber contre les Ghanéens, qui forment une équipe pas transcendante du tout, une équipe qui ne crée aucun danger offensivement et se contente de défendre. Cela aurait paru plus simple à gérer. Mais si l’on part du principe que la Suisse est dans une logique d’adaptation à l’adversaire, elle peut passer l’obstacle colombien.

RTSsport.ch: Cette Colombie, justement, elle a de quoi faire peur…

RAOUL SAVOY: C’est à mes yeux l’une des équipes les plus complètes de cette Coupe du monde. Elle allie expérience et qualités techniques. Elle est capable de mettre énormément d’intensité dans ses transitions, ce qui va obliger la Suisse à être extrêmement alerte à mi-terrain, ainsi que dans le repli et dans les couvertures défensives.

La Colombie, qui allie expérience et qualités techniques, est à mes yeux l’une des équipes les plus complètes de cette Coupe du monde…

Raoul Savoy, sélectionneur du Tchad et consultant pour RTSsport

RTSsport.ch: Quelles sont ses autres forces?

RAOUL SAVOY: Avec Daniel Munoz et Johan Mojica, elle dispose de latéraux qui amènent énormément sur le plan offensif. Dans l’entrejeu, c’est aussi très solide, avec des joueurs qui non seulement récupèrent beaucoup de ballons mais sont également capables de se projeter rapidement. Et puis, on ne peut pas oublier Luis Diaz, la véritable arme des « Cafeteros ». C’est un ailier incroyable.

RTSsport.ch: Cela confirme que la Suisse devra franchir deux ou trois paliers de plus par rapport à ses précédentes sorties, tant elle n’a pas encore été testée dans ce Mondial…

RAOUL SAVOY: Tout à fait! La troupe de Murat Yakin n’a pas vraiment eu de tests dans cette Coupe du monde, à part peut-être dans le dernier quart d’heure face au Canada, où il s’est agi de tenir un score, voire durant quelques minutes contre les Bosniens. Alors, là ce sera autre chose. Il s’agira de réaliser un match plein.

RTSsport.ch: Comment surprendre cette escouade colombienne?

RAOUL SAVOY: Il faudra certainement commencer avec les « Quatre Fantastiques », que sont Johan Manzambi, Ruben Vargas, Dan Ndoye et Breel Embolo, car sa défense centrale est solide mais vieillissante. Elle souffre devant les joueurs rapides et elle n’appréciera donc pas de se faire bouger dans tous les sens à la longue. Si Embolo parvient à peser sur cette défense et à offrir des espaces à ses trois partenaires, ça peut faire mal… En outre, il faudra un tout grand Granit Xhaka à mi-terrain. Je relève encore que Colombiens demeurent très dépendants du rendement de Diaz. Si les Helvètes parviennent à le neutraliser, toute l’animation offensive adverse en prendra un coup. Oui, il faudra à tout prix freiner les velléités colombiennes.

Le 26 juin 1994, en 3e match de poule de la World Cup, Ciriaco Sforza et la Suisse s'étaient inclinés 2-0 devant la Colombie de Carlos Valderrama. [KEYSTONE - THOMAS KIENZLE] Le 26 juin 1994, en 3e match de poule de la World Cup, Ciriaco Sforza et la Suisse s’étaient inclinés 2-0 devant la Colombie de Carlos Valderrama. [KEYSTONE – THOMAS KIENZLE]

RTSsport.ch: Il y a une chose nouvelle dans l’équipe de Suisse: le « facteur X » Johan Manzambi, qui est le nouveau Xherdan Shaqiri…

RAOUL SAVOY: Il faut parfois un homme providentiel dans un tournoi. Manzambi est celui-ci. Il bonifie les autres. Il fédère le groupe autour de lui et permet à l’équipe entière d’aller mieux. Les formations qui ne disposent pas de ce genre de joueurs sont souvent celles qui passent à côté.

RTSsport.ch: Vous parliez précédemment d’une équipe de Suisse dans une logique d’adaptation à l’adversaire, comme elle l’a notamment fait devant l’Algérie. Est-ce que ce n’est pas cela, finalement, la Nati 2026, moins spectaculaire mais mieux organisée?

RAOUL SAVOY: Peut-être. Ce serait donc une équipe qui gère mieux et qui sait faire mal au moment où il le faut. Après tout, si on regarde les trois dernières grandes compétitions, ce ne sont jamais les équipes les plus admirables qui sont allées le plus loin.

Il faut parfois un homme providentiel dans un tournoi. Johan Manzambi est celui-ci. Il bonifie les autres. Il fédère le groupe autour de lui et permet à l’équipe entière d’aller mieux… 

Raoul Savoy, ancien entraîneur de Neuchâtel Xamax et de Sion, notamment

RTSsport.ch: Sébastien Roth estimait hier que le onze aligné face à l’Algérie est le meilleur possible pour la Suisse à l’heure actuelle. Qu’en pensez-vous?

RAOUL SAVOY: Je suis d’accord, même s’il y a « l’invention » Denis Zakaria au poste de latéral. Attention, Denis a fait un match magnifique vendredi, mais je rappelle que ce n’est pas sa place à la base. Je ne pense d’ailleurs pas que Yakin l’alignera d’emblée face aux Colombiens, contre lesquels il s’agira d’abord de bien défendre. Sa titularisation se justifiait pleinement devant le Qatar ou l’Algérie, mais cela semble moins évident quand il s’agira de défendre contre Luis Diaz.

RTSsport.ch: Vous nous avez dit comment battre la Colombie. Et si on vous demandait comment battre la Suisse?

RAOUL SAVOY: Je dirais comme je l’ai dit aux Algériens qui ne m’ont pas écouté (rires)… Il faut mettre une grosse pression sur la défense suisse, qui demeure un peu fébrile et ne donne pas tous les gages de sécurité. Il faut couper le rayon d’action de Granit Xhaka et fermer les couloirs, en empêchant les Vargas, Ndoye, voire Manzambi de s’y engouffrer et de prendre de la vitesse. Enfin, il s’agit de ne laisser aucun espace à Embolo, histoire de l’empêcher de briller dans son rôle de pivot.

Arnaud Cerutti