Entre les vagues de chaleur et les sécheresses, c’est un été périlleux qui s’annonce pour les arboriculteurs et les maraîchers suisses. Certains arbres fruitiers sèchent sur pied, alors que les légumes doivent être arrosés en quantité. Retour sur la situation avec Michel Darbellay, directeur adjoint de l’Union suisse des paysans.

Il y a quelques jours, suite aux fortes chaleurs de fin juin, à Founex, dans le canton de Vaud, Cédric Kilchherr a vu les feuilles d’une partie de ses poiriers devenir brunes. « On a ce qui s’appelle du folletage », explique le producteur fruitier au micro du 19h30.

« Les feuilles sèchent, elles sont toutes brunes et finalement, la plante ne produit plus suffisamment de photosynthèse pour pouvoir nourrir les fruits. Les fruits seront trop petits et certainement pas assez mûrs ».

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Sur les quinze hectares de vergers, seul un hectare est pour le moment impacté par le folletage. Cédric Kilchherr et son équipe mettent tout en œuvre pour protéger les arbres en prévision de la prochaine vague de chaleur la semaine prochaine. « On irrigue les poiriers tous les jours. Sur les fruits et sur les feuilles, on fait un poudrage avec de l’argile pour protéger les feuilles. Un peu comme de la crème solaire pour protéger les arbres. »

Le plus grand potager de Suisse

Dans le Seeland, le plus grand potager de Suisse, les maraîchers utilisent beaucoup plus d’eau que les années précédentes pour sauver les légumes. « Toutes les cultures souffrent », témoigne Thomas Wyssa, maraîcher à Galmiz, dans le canton de Fribourg.

Certaines cultures spécifiques souffrent beaucoup plus que d’autres. Au milieu des 50 hectares de terres agricoles de Thomas Wyssa, on retrouve les extrémités de certaines feuilles d’oignons nouveaux brûlées par le soleil, les rendant vulnérables aux bactéries. Les épinards, eux, ont presque entièrement dépéri, raconte-t-il au média en ligne Watson.

Cependant, les maraîchers du Seeland accusent pour l’heure peu de perte après les deux premières canicules. Malgré les fortes inquiétudes, les lacs devraient leur assurer assez d’eau pour tenir jusqu’à fin août.

Les cultures fourragères ne poussent plus

Michel Darbellay, directeur adjoint de l’Union suisse des paysans (USP), fait le bilan dans l’émission Forum. Après un mois de juin très chaud, l’agriculture a particulièrement souffert.

>> Ecouter l’interview de Michel Darbellay dans Forum : Quel impact a la chaleur sur le revenu des paysans? Interview de Michel Darbellay / Forum / 5 min. / aujourd’hui à 18:03

« Actuellement, l’ensemble de la production végétale, l’ensemble des cultures souffre du sec et des fortes chaleurs: les céréales, les betteraves, la pomme de terre, les légumes. Surtout, les cultures fourragères sont carrément jaunes. Aujourd’hui, il n’y a plus rien qui pousse ».

« Dans certaines cultures, il y aura des conséquences sur la production », avance-t-il. « Typiquement, pour le blé, on était à un stade très décisif pour que les grains se remplissent. La sécheresse aura des conséquences sur les rendements. Et certaines cultures sont très vulnérables à la sécheresse, notamment la pomme de terre ».

« Prématuré pour faire un bilan national »

Le bétail souffre également, alerte Michel Darbellay. « On voit qu’il y a des conséquences assez fortes de la chaleur sur le bétail, et les agriculteurs et agricultrices s’engagent pour le bien-être animal, avec de la ventilation et de la brumisation, pour avoir un climat d’étable pour le bétail qui soit plus supportable ».

En l’état, Michel Darbellay n’avance pas de chiffres. « C’est prématuré pour faire un bilan national », explique-t-il. 

« Par contre, on est conscient que non seulement les rendements seront à la baisse, mais que, en parallèle, les coûts de production seront en hausse. Les agriculteurs doivent irriguer. Ou alors les agriculteurs doivent recourir au fourrage hivernal. Ces coûts vont se cumuler et affaiblir la trésorerie des exploitations », conclut le directeur adjoint de l’USP.

Sujet TV: Maude Richon

Propos recueillis par Coralie Claude

Adaptation web: Julien Furrer