Avec « Un chien arrive », l’autrice française Camille Ruiz met en lumière les multiples facettes du lien inter-espèces. Au-delà du récit personnel de sa relation avec son Golden retriever Ziggy, le texte offre une puissante réflexion sur la présence animale dans nos existences.

En déployant une enquête sur le sens intime du lien entre humain et animal, Camille Ruiz mêle souvenirs personnels, réflexions philosophiques et observations du quotidien. Ecrit sous la forme d’un essai, « Un chien arrive » se situe à la frontière de l’autobiographie et de la fiction. La narratrice s’exprime en « je » et le texte est clairement inspiré de la vie de l’autrice.

L’arrivée de son chien Ziggy dans sa vie, il y a cinq ans, marque un tournant décisif et se révèle un puissant déclencheur d’écriture. Camille Ruiz, qui a déjà consacré en 2024 un recueil de poèmes à la thématique animale (« Mon animal »), explore avec ce nouvel ouvrage les éléments intimes de cette vie à deux.

Déménagement au Brésil

Le titre même du roman, « Un chien arrive « , choisi après de longues réflexions, est une phrase active et visuelle, reflétant le dynamisme et la tension qui sous-tendent le texte. L’écriture de ce livre a été profondément influencée par le déménagement de l’écrivaine au Brésil, un pays où elle a dû apprendre une nouvelle langue et s’adapter à un environnement inconnu. Cette instabilité a favorisé une introspection propice à l’exploration de sa relation avec Ziggy.

Prendre soin, vivre auprès d’un chien est une chose banale, à la fois grande et petite. Il n’y a rien de radical, ou de révolutionnaire à l’intérieur.

Extrait de « Un chien arrive » de Camille Ruiz

Le texte se présente comme un essai fragmentaire où s’entremêlent souvenirs, rêves et lectures. Structuré en trois parties, « Introduction », « Attention » et « Affections « , le récit intègre les penseuses et écrivains qui ont nourri sa réflexion tels que Gilles Deleuze, Hélène Cixous ou Thomas Mann.

Ces références ne sont pas de simples ajouts, mais des éléments constitutifs de sa relation avec son chien Ziggy, modifiant sa perception et son vécu. L’objectif de Camille Ruiz était d’offrir à Ziggy son propre livre, une œuvre qui célèbre la singularité et l’universalité du lien qui les unit.

Une réflexion féministe et universelle

Au-delà de l’exploration personnelle, l’ouvrage aborde des questions sociétales plus larges. La narratrice témoigne des expériences vécues en tant que femme promenant un gros chien. Celle d’être confrontée à des remarques sexistes dans l’espace public a mis en lumière le lien entre domination sexiste et domination animale. C’est pourquoi l’autrice souligne la corrélation entre les violences domestiques faites aux animaux et celles exercées sur les femmes.

Derrière le motif du chien se cache souvent la crainte que l’animal entrave la disponibilité hétérosexuelle, détourne l’attention féminine, qui devrait être portée aux mâles de la même espèce.

Extrait de « Un chien arrive » de Camille Ruiz

Camille Ruiz a fait le choix d’une écriture inclusive, notamment par l’utilisation de pronoms non genrés, pour refléter une vision plus diversifiée du monde. En découle une œuvre sensible et intelligente qui, à travers le prisme d’une relation unique, explore les profondeurs de l’expérience humaine et animale.

Layla Shlonsky/aq

Camille Ruiz, « Un chien arrive », ed. Corti, février 2026

Vous aimez lire? Abonnez-vous à QWERTZ et recevez chaque vendredi cette newsletter consacrée à l’actualité du livre préparée par RTS Culture.