Un vaccin thérapeutique à ARN messager testé contre le cancer du sein triple négatif montre des résultats prometteurs. Mais l’essai, mené sur 14 patientes par la société BioNTech, reste préliminaire et ne constitue pas une preuve d’efficacité, souligne Nicolas Mach, spécialiste des cancers aux HUG.
Les vaccins à ARN messager, utilisés notamment contre le Covid-19, sont ici développés dans une logique thérapeutique. L’objectif est d’entraîner le système immunitaire à reconnaître et à contrôler des cellules tumorales.
Au micro de Forum mardi, Nicolas Mach, médecin-chef du Centre des cancers aux Hôpitaux universitaires de Genève, précise que l’ARN messager peut contenir « soit une protéine externe, par exemple contre le Covid, soit une protéine issue des cellules tumorales du patient ». L’idée est de déclencher une réponse immunitaire ciblée contre la tumeur.
Patientes dans une situation favorable
L’essai mené par la société BioNTech a porté sur 14 femmes atteintes d’un cancer du sein triple négatif, une forme particulièrement agressive et difficile à traiter.
Mais, selon Nicolas Mach, les résultats doivent être interprétés avec prudence. Les patientes incluses dans l’étude n’avaient plus de maladie active: elles avaient été opérées, puis traitées par chimiothérapie et radiothérapie, et n’avaient pas présenté de rechute durant l’année suivante, explique-t-il. « Les chercheurs se sont mis dans une situation assez favorable », relève ce responsable de l’Unité de recherche clinique du Service d’oncologie des HUG.
Pour lui, ces résultats constituent « une bonne nouvelle », mais il estime que ce vaccin ne peut pas encore être inscrit « dans la pharmacie des hôpitaux ou des cliniques ».
Course à la recherche
Nicolas Mach évoque une « course » au développement de nouveaux traitements contre les cancers, avec des stratégies différentes selon les laboratoires.
« On ne joue pas dans la même cour », explique ce professeur associé au Département de médecine et au Centre de recherche translationnelle en onco-hématologie de la Faculté de médecine de l’UNIGE. Selon lui, des entreprises comme BioNTech ou Moderna cherchent à démontrer l’efficacité de leurs produits en combinaison avec d’autres traitements dans des situations relativement peu avancées. A l’inverse, son équipe privilégie la conception d’un vaccin qui peut être utilisé seul chez des patients atteints de maladies avancées. « Ensuite, on pourra essayer de le combiner », poursuit-il.
La recherche, ajoute-t-il, ne bute pas sur un manque de financement. « Je pense qu’il y a longtemps qu’on aurait trouvé la réponse » si tel était le cas. L’enjeu est avant tout scientifique: mieux comprendre les mécanismes du cancer, savoir pourquoi certaines tumeurs échappent aux traitements actuels et pourquoi certains patients parviennent à réactiver leur système immunitaire quand d’autres n’y arrivent pas.
Propos recueillis par Mehmet Gultas
Article web: Julie Marty