L’obligation pour les prêtres et les moines depuis le 1er juin de servir dans l’armée offusque les églises helvétiques. Comme l’a appris la RTS, les trois Eglises nationales et le Réseau des églises évangéliques font part de leur mécontentement et exigent des mesures dans une missive au gouvernement.
Dans cette lettre envoyée mercredi, les Eglises chrétiennes dénoncent le fait que le Conseil fédéral ne les a pas consultées avant de réviser la loi militaire, comme cela se fait habituellement pour la moindre changement de loi en Suisse. Elles indiquent ne pas non plus avoir été informées, « alors que la levée de l’exemption de servir pour les ecclésiastiques touche directement le travail des églises dans les situations de crise ».
Le Parlement a adopté la nouvelle loi sans se rendre compte de cette modification. Car ce sont d’autres nouveautés qui ont fait débat dans la nouvelle loi militaire entrée en vigueur le 1er juin. Les communautés religieuses s’offusquent particulièrement du fait que le Conseil fédéral ne considère plus la pastorale, donc l’accompagnement spirituel de la population, comme nécessaire. « Cela n’est factuellement pas compréhensible », écrivent les Eglises.
Berne laisse tomber la population
Alain de Raemy, responsable des affaires militaires à la Conférence des évêques suisses et évêque auxiliaire actuellement en charge du diocèse de Lugano, qualifie la décision du gouvernement de « manque de respect pour la population ».
En effet, « on l’a vu durant le Covid, ou lors de la catastrophe de Crans-Montana, il y a eu besoin de personnes disponibles aussi au niveau spirituel. Alors comment fera-t-on en temps de guerre et de crises à l’avenir, si les prêtres doivent servir dans l’armée? Quel est le plan du Conseil fédéral? », demande le prélat dans le 19h30. En plus d’explications, les Eglises demandent au Conseil fédéral des solutions flexibles lorsque leurs prêtres devront servir en gris-vert.
Contacté avant l’envoi de la missive, le Département fédéral de la défense, dirigé par le centriste zougois Martin Pfister, se justifie: « Le processus de révision de la loi sur l’armée s’est déroulé conformément aux directives de la Chancellerie fédérale », écrit le DDPS. Selon lui, les Eglises n’auraient pas été contactées en raison du « faible nombre de militaires concernés et du grand nombre de communautés potentiellement touchées ».
Prêtres plus utiles sous les drapeaux
Et l’armée de poursuivre: « la sécularisation croissante de la société a pour conséquence que de moins en moins de personnes se sentent liées aux offres ecclésiastiques ». Selon la Confédération, le ministère pastoral ne serait même plus « une activité indispensable au maintien de la vie sociale ». L’évêque auxiliaire Alain de Raemy conteste: selon lui, au contraire, de plus en plus de personnes solliciteraient les prêtres – en particulier lors de crises – même si elles ne sont officiellement plus membres d’une Eglise.
Selon l’armée, neuf ecclésiastiques ont déjà été rappelés depuis le changement de loi. Selon le Réseau évangélique suisse, cinq demandes supplémentaires d’exemption devraient être par ailleurs prochainement rejetées. Selon un porte-porte-parole de l’armée, outre des pasteurs, des personnes appartenant à une confrérie ou à un monastère sont aussi touchées.
Jean-Marc Heuberger