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Les
centrales hydroélectriques doivent laisser un débit minimal dans les cours
d’eau pour protéger les écosystèmes, ce qui réduit légèrement leur production.
De nouvelles analyses montrent toutefois que l’impact réel de ces débits
résiduels est moindre que prévu et ne remet pas en cause les objectifs
d’expansion de l’hydroélectricité d’ici 2050.

Une nouvelle base de données a permis de calculer avec précision, pour la première fois, les débits résiduels des centrales hydroélectriques au fil de l’eau.

Crédit image: Jonathan Molina /WSL

Une nouvelle base de données a permis de calculer avec précision l’ampleur des rejets des centrales hydroélectriques.

Les
centrales hydroélectriques qui prélèvent de l’eau dans les ruisseaux et les
rivières pour produire de l’électricité sont tenues de laisser un débit minimal
dans le cours d’eau, au plus tard lors du renouvellement de leur concession.
Cette obligation découle de la loi suisse sur la protection des eaux, qui vise
à préserver les écosystèmes aquatiques et la faune qui en dépend. En
conséquence, cette eau dite résiduelle n’est plus disponible pour la production
d’électricité. Toutefois, les estimations de la quantité d’électricité
supplémentaire qui pourrait être produite en l’absence de ces exigences varient
fortement. Jusqu’à présent, cette divergence s’expliquait principalement par
une base de données incomplète.

Une
nouvelle estimation
La situation évolue: des experts de l’Institut fédéral pour l’aménagement,
l’épuration et la protection des eaux (Eawag) ont, pour la première fois,
évalué scientifiquement la perte de production électrique liée aux débits
résiduels. Pour ce faire, ils se sont appuyés sur une nouvelle base de données
regroupant des informations juridiques, hydrologiques et techniques concernant
252 grandes centrales hydroélectriques. Ces installations représentent environ
84 % de la production hydroélectrique actuelle en Suisse. Cette base de données
sur les débits résiduels a été élaborée dans le cadre d’un programme de recherche fédéral.  

En
collaboration avec des chercheurs de l’Institut fédéral de recherche sur la
forêt, la neige et le paysage (WSL) et de l’Université de Berne, l’Eawag a
ainsi pu déterminer que la protection des cours d’eau et la production
d’électricité sont plus compatibles qu’on ne le pensait jusqu’à présent.

Les chiffres de l'Eawag montrent que les pertes dues aux débits résiduels ne posent aucun problème pour la stratégie énergétique 2050 de la Confédération.

Crédit image: CKW

Les pertes dues aux débits résiduels ne posent aucun problème pour la stratégie énergétique 2050 de la Confédération.

A
l’heure actuelle, environ 1100 GWh d’électricité sont perdus en raison des
débits résiduels. Cela représente environ 3 % de la production annuelle prévue
de l’énergie hydraulique en Suisse. Les nouveaux calculs apportent un éclairage
important pour la stratégie énergétique nationale. Celle‑ci prévoit en effet
une expansion de l’hydroélectricité d’ici 2050, ce qui avait suscité des
inquiétudes quant à une éventuelle baisse de la production due à la libération
suffisante de ces débits résiduels.

Cela
s’explique notamment par le fait que les concessions de nombreuses grandes
centrales hydroélectriques expireront d’ici 2050. Lors de leur renouvellement,
les exploitants devront appliquer les dispositions relatives aux débits
résiduels prévues par la loi sur la protection des eaux, en vigueur depuis
1992.

Les
pertes sont contenues
C’est précisément sur ce point que le monde politique redoutait des pertes
importantes. Les nouvelles simulations montrent toutefois que, même en
appliquant strictement les exigences légales minimales, les réductions de
production supplémentaires d’ici 2050 ne dépasseront pas environ 480 GWh par
an. Rapporté à l’objectif d’expansion de l’hydroélectricité, fixé à environ
39’000 GWh pour 2050, cela représente une diminution supplémentaire de moins de
2 %.

Selon
les chercheurs, ces nouveaux chiffres relativisent également les inquiétudes
exprimées lors de l’introduction de la loi sur la protection des eaux en 1992.
A l’époque, la Confédération et le Parlement anticipaient une réduction totale
de la production d’environ 4000 GWh par an, soit près de 12 % des prévisions de
production de l’époque.