Mieux surveiller les personnes atteintes de troubles psychiatriques pendant les 48 premières heures de leur hospitalisation permettrait de diminuer le nombre de cas de mortalité prématurée et de prévenir la survenue d’effets indésirables liés à la prise de médicaments, selon une nouvelle étude.
Quand une personne est hospitalisée en psychiatrie, l’attention se porte naturellement sur sa souffrance psychique : crise, anxiété,dépression ou troubles du comportement. Pourtant, derrière ces urgences invisibles, le corps peut lui aussi être en situation de fragilité. Une nouvelle analyse de Santé publique France, publiée le 7 juillet 2026 dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH), montre que les premiers jours d’hospitalisation constituent une période particulièrement sensible sur le plan médical.
Menée au CHU de Nîmes, l’étude révèle que 20 % des événements indésirables graves surviennent dans les 48 premières heures suivant l’admission. Des chiffres qui rappellent que l’arrivée en psychiatrie ne nécessite pas seulement une prise en charge psychique, mais aussi une surveillance physique rapprochée.
20 % des risques dans les 48 premières heures
Menée au CHU de Nîmes avec les équipes du Samu-Smur et des psychiatres d’Occitanie, cette étude a analysé deux ans d’hospitalisations en psychiatrie adulte afin d’identifier les événements indésirables graves (EIG). Il s’agit ici des décès survenus au cours du séjour ou des transferts non programmés vers les urgences pour une situation mettant la vie en danger.
Au total, les chercheurs ont recensé 144 EIG, soit 6,4 % des hospitalisations. Dans la grande majorité des cas (137), le patient a dû être transféré en urgence vers un service de médecine générale ; 7 patients sont décédés. Plus d’un incident sur deux correspondait à une urgence vitale, le plus souvent une détresse respiratoire. Il en ressort que 20 % des « effets indésirables graves » sont survenus au cours des 48 premières heures d’hospitalisation en psychiatrie, tandis que la mortalité à un mois après la survenue de ces événements était de 10 %.
Pourquoi les 48 premières heures sont-elles les plus à risque ?
Les deux premiers jours d’hospitalisation sont une période particulièrement sensible. C’est souvent le moment où les traitements sont instaurés ou modifiés, où un sevrage d’alcool ou de drogues peut débuter, mais aussi où certaines maladies physiques jusque-là méconnues se révèlent.Le Bulletin épidémiologique hebdomadaire souligne que l’évaluation somatique à l’admission reste encore très variable selon les établissements, ce qui peut retarder le repérage d’une infection ou d’une fragilité cardiorespiratoire.
Trois causes reviennent le plus souvent dans l’étude : les détresses respiratoires, parfois favorisées par la sédation ou une infection pulmonaire ; les effets indésirables liés aux médicaments, notamment lors d’associations de psychotropes ; et les infections, déjà présentes chez certains patients avant leur admission.
Une surveillance renforcée dès l’admission
Pour les auteurs, le principal enseignement est clair : les 48 premières heures doivent faire l’objet d’une vigilance renforcée. Cela passe par un suivi régulier des constantes (tension, pouls, température, saturation en oxygène), une surveillance de la respiration et de l’état de vigilance après chaque adaptation de traitement, ainsi qu’un repérage rapide d’une fièvre, d’une confusion inhabituelle ou d’une douleur thoracique. En cas de doute, une collaboration étroite avec les services d’urgences est essentielle.