Un peu partout en Europe, des formations situées encore plus à droite que l’extrême droite traditionnelle gagnent du terrain. L’émission de la RTS Tout un monde s’est penchée sur ce phénomène, entre l’Italie, la France et le Royaume-Uni.

En Italie, un troisième parti d’extrême droite a fait son apparition à droite du gouvernement de Giorgia Meloni. Son nom: Futuro Nazionale, fondé par le général Roberto Vannacci. Ce nouveau parti accuse la Première ministre de ne pas être assez nationaliste et pourrait bientôt dépasser la Ligue de Matteo Salvini dans les sondages.

>> Lire aussi : L’extrême droite a manifesté à Rome pour la déportation des « immigrés »

Ce cas illustre un phénomène qui gagne du terrain un peu partout en Europe. Au Royaume-Uni, le parti Restore Britain veut expulser tous les étrangers dépendants de l’aide sociale. En Espagne, Se acabo la fiesta, traduit littéralement par « la fête est finie », avait créé la surprise aux dernières élections européennes. Et en Belgique, un nouveau parti s’inspire ouvertement du populisme de Donald Trump.

Un vide à combler

Pour Benjamin Biard, chercheur au CRISP (Centre de recherche et d’information socio-politiques) à Bruxelles, ce phénomène suit souvent le même mécanisme. Lorsqu’un parti d’extrême droite accède au pouvoir, il doit composer avec des coalitions et adoucir son discours par pragmatisme, que ce soit face aux adversaires politiques, aux partenaires sociaux ou aux institutions européennes. Cela laisse un vide à sa droite, que de nouvelles formations plus radicales viennent combler.

>> Lire aussi  : Renaud Camus, idéologue discret des extrêmes droites occidentales au parcours intrigant

Ces nouveaux partis attirent des électeurs déçus, soit par le fonctionnement de la démocratie en général, soit par l’évolution jugée trop modérée de formations d’extrême droite auxquelles ils s’identifiaient auparavant. Le chercheur cite l’exemple de l’Alliance populaire orthodoxe en Grèce, brièvement au gouvernement en 2011, dont la déception qu’elle a suscitée a permis l’essor du parti néonazi Aube dorée, aujourd’hui dissous et reconnu comme organisation criminelle.

En Italie, un mécanisme similaire s’était déjà produit: après avoir participé à plusieurs gouvernements, la Ligue [anciennement Ligue du nord, ndlr] s’est modérée, ce qui a déçu une partie de son électorat et permis à Fratelli d’Italia, alors marginal, de la dépasser.

>> Regarder le sujet de Géopolitis : Johann Chapoutot: "L’extrême droite a mondialement le vent en poupe" Johann Chapoutot: « L’extrême droite a mondialement le vent en poupe » / Geopolitis / 3 min. / le 30 mars 2025 Un jeu à deux

Ces formations plus radicales peuvent aussi se révéler avantageuses pour l’extrême droite traditionnelle, en assumant le rôle du « méchant » et en facilitant sa propre normalisation. C’est le cas en France, où le parti d’Eric Zemmour aurait attiré les militants les plus radicaux, autrefois proches du Rassemblement national. En les regroupant ailleurs, il aurait ainsi permis au RN d’apparaître plus fréquentable, contribuant à sa « dédiabolisation ».

Ainsi, dans les années 1990, 75% des Français jugeaient le RN dangereux pour la démocratie, contre une minorité aujourd’hui, une évolution que le verdict de ce mardi pourrait encore accentuer: malgré sa condamnation à une peine d’inéligibilité et à un an de bracelet électronique, Marine Le Pen a annoncé sa décision de se présenter à la présidentielle de 2027.

>> Lire : Marine Le Pen annonce qu’elle sera candidate à la présidentielle française de 2027

Propos recueillis par Eric Guevara-Frey

Adaptation web: Amaëlle Steffen