Si pour vous, le spatial reste un thème assez lointain vaguement associé à des fusées, des télescopes et des milliardaires fous, Rosetta pourrait être un contre-exemple intéressant. Ici, pas de Nasa, pas de marchandisation à outrance, pas d’enjeux de domination. Au contraire, nous sommes face à une mission scientifique européenne, à haute valeur scientifique, souvent considérée comme une des plus ambitieuses de ces dernières années, et pourtant avec quelques ratés.
En direct depuis Toulouse
Pour moi, Rosetta est aussi ma porte d’entrée vers le spatial. En commençant le journalisme, je n’avais pas forcément d’idée précise de quelle spécialité choisir. En revanche, j’étais à Toulouse, ville du spatial, et où la Cité de l’Espace avait ouvert ses portes pour assister à l’arrivée de la sonde près de la comète 67P/Tchourioumov-Guérassimenko, que je connaissais alors surtout via son surnom, Tchouri.

La comète 67P alias Tchouri, le 19 septembre 2014. © ESA, Rosetta, Nav Cam mosaic
C’était le 12 novembre 2004, dix ans plus tôt, la sonde Rosetta avait décollé et venait juste d’arriver près de Tchouri, où elle devait larguer un petit robot, Philae, censé se poser à la surface pour prendre des mesures in situ.

Rosetta : révélation sur l’âge des comètes
Les glaces enfouies à l’intérieur de Tchouri se trouvent essentiellement sous forme cristalline comme l’a mis en évidence une équipe qui a comparé les observations réalisées avec l’instrument Rosina de Rosetta avec les modèles créés en laboratoire. Elles seraient donc issues de la nébuleuse primitive où s’est formé le Système solaire, et non du milieu interstellaire. Les résultats de ces recherches sont en accord avec les scénarios de formation des planètes géantes et de leurs satellites…. Lire la suite
J’ignorais alors quasiment tout de la mission, mais j’avais tout de même voulu en profiter pour me rendre à la Cité de l’Espace assister à l’événement. D’ailleurs, je n’y étais même pas en tant que journaliste, et quand un confrère de France Bleu m’a interrogé pour un micro-trottoir, il était surpris de me voir dans le public et pas en salle de presse avec les autres. Moi, je voulais juste vivre le moment, pas travailler !
Un enthousiasme communicatif
Bref, je ne me rappelle pas exactement de la suite des événements montrés sur l’écran géant. Des données scientifiques qui me paraissaient bien trop pointues pour moi, des informations de contexte trop difficiles à rattraper pour quelqu’un qui ne s’est pas intéressé à la mission ces dix dernières années, et beaucoup de chiffres qui me faisaient plus peur qu’autre chose.
En revanche, je me souviens parfaitement de l’enthousiasme des gens autour. Le public, qui paraissait extrêmement informé sur les tenants et les aboutissants de la mission, le personnel de la Cité de l’Espace qui réagissait et commentait tout ce qui se passait. J’avais déjà pu rencontrer l’astrophysicien Sylvestre Maurice, impliqué sur le rover Curiosity, et sa passion communicative pour le sujet m’avait déjà marqué.
C’est petit à petit, et sans doute dans les semaines et les mois qui ont suivi, que j’ai pris la mesure de la valeur historique de cette mission. Nous étions tout de même en train de suivre un robot aussi gros qu’un camion en train de se promener près d’une comète à 650 millions de kilomètres de la Terre !
Une superbe vidéo qui retrace la grande mission Rosetta. Des milliers d’images brut traitées pour un montage récapitualtif et tout en tension dans l’exploration de ce monde mystérieux. © Christian Stangl, Vimeo ; ESA, Rosetta, NavcamDes échecs ? Et alors ?
Et ce n’est pas tout : il s’agissait de larguer ce qui ressemblait à une bonbonne de gaz à la surface, une première dans l’histoire de l’humanité, et qui n’a pas encore connu d’équivalent pour ce qui est des comètes.

Sur les traces de l’atterrisseur Philae, toujours caché sur sa comète
Les recherches de Philae sur la comète 67P/Churyumov-Gerasimenko se poursuivent. En reconstituant son trajet et au vu des reliefs qui l’entourent, les scientifiques ont une idée de l’endroit où il se cache, à l’ombre d’une étrange falaise sombre. Le nouveau site désormais nommé Abydos recevra de plus en plus d’énergie solaire au fil des prochains mois, ce qui laisse espérer un réveil de l’atterrisseur en mai ou juin si, bien sûr, il n’a pas trop souffert du froid…. Lire la suite
Passé l’euphorie du moment, il a bien fallu se rendre à l’évidence : Philae n’a pas été un succès total. Le robot a rebondi à la surface pendant plusieurs heures avant de terminer sa course contre une paroi d’où il ne peut pas être suffisamment exposé au Soleil pour poursuivre ses opérations normalement.

Philae retrouvé sur la comète. ©ESA
Peu importe, l’essentiel de la mission est un succès, et suite à cela, les scientifiques ont passé des années à éplucher les données récoltées pour comprendre les caractéristiques de Tchouri, mais aussi des autres comètes.