Ceci étant, ne vous attendez pas à la folie contagieuse et à la mise en scène éclatée d’Amadeus (1984), le classique de Miloš Forman, ou la profondeur thématique de Tár (2022). La libre adaptation du roman Stabat Mater de Tiziano Scarpa ne s’y prête guère.

Venise, 1716. À l’Ospedale della Pietà, les orphelines servent de monnaie d’échange à de riches bourgeois cherchant une femme à marier (elles sont d’ailleurs marquées au fer rouge comme du bétail à leur arrivée…). Les plus dégourdies peuvent jouer dans l’orchestre maison.

Cecilia (Tecla Insolia), 20 ans, y excelle comme violoniste. Lui pend cependant au bout du nez le mariage arrangé, qui la forcerait à ranger son archet.

Cecilia (Tecla Insolia) doit composer avec un éventuel mariage arrangé qui la forcerait à arrêter la musique.

De plus, elle compose mal avec une quête d’identité lancinante et poignante qui trouve un semblant d’exutoire dans les lettres qu’elle écrit à sa mère. Une idée assez astucieuse puisque Cecilia devient la narratrice (en hors champ) et notre regard sur ce qui déroule à l’intérieur des murs.

L’arrivée d’Antonio Vivaldi (Michele Riondino) change la donne.

Le maître de musique souffre de sa solitude, de son asthme et, surtout, d’un manque de reconnaissance.

Platonique mais passionnée

Comme l’indique le titre français (Primavera en italien), l’histoire met l’accent sur la rencontre de deux êtres que tout sépare, mais qui sont unis par leur passion commune pour la musique. Au point de reléguer les personnages secondaires, souvent caricaturaux, à l’arrière-plan, à l’exception de la Priora (Fabrizia Sacchi).

Vivaldi retrouve l’inspiration, Cecilia une force qui libère un désir profondément réprimé, celui de la liberté. Comme dans tout bon récit d’initiation, la protagoniste devra prendre garde à ce qu’elle désire – ce qui vient toujours avec un prix à payer.

Vivaldi (Michele Riondino) va retrouver l'inspiration au contact de Cecilia.

Michieletto mène une brillante carrière de metteur en scène d’opéra. Un travail qui lui permet d’aisément transposer la puissance émotionnelle et subversive de la musique dans ce premier long métrage (aidé par un montage très dynamique dans les séquences musicales).

Le film bénéficie grandement de la direction photo de Daria D’antonio (une collaboratrice de Sorrentino), clairement inspirée des clairs-obscurs chers au Caravage, et de la musique baroque (de Vivaldi pour les prestations et de Fabio Massimo Capogrosso pour la trame sonore).

Le plus fascinant dans Vivaldi et moi, outre le jeu frémissant de Tecla Insolia (retenez ce nom), loge dans la résonance contemporaine de ce récit historique. Celle d’une jeune femme (pauvre) qui aspire à une émancipation et à une reconnaissance qu’une société misogyne cherche par tous les moyens à lui refuser.

La lumineuse fin ouverte appuie un peu fort sur la touche du mélo – mais, bon, c’est un film italien, ça vient avec.

Vivaldi et moi est présenté au cinéma.

Au génériqueCote: 7/10Titre: Vivaldi et moi Genre: Drame d’époqueRéalisation: Damiano MichielettoDistribution: Tecla Insolia, Michele Riondino, Fabrizia SacchiDurée: 1 h 51