Pour leur troisième venue à Montreux depuis un concert mémorable en 2005, The Roots s’est produit en tête d’affiche de l’Auditorium Stravinski du Montreux Jazz Festival samedi soir. Le collectif de hip-hop américain a encore réactivé toute sa nonchalance virtuose et son groove en musardant du côté du jazz, de la soul et du funk.
Lors de ces retrouvailles samedi à Montreux avec The Roots, on a encore en tête leur mémorable prestation de 2005 au Miles Davis Hall. Ce soir-là, le collectif hip-hop de Philadelphie avait proposé une vertigineuse plongée dans l’histoire des musiques noires. Fluide, classe, mordante et ardente.
Au générique de leur troisième venue au Montreux Jazz Festival depuis vingt-et-un an – la sixième depuis 1994 -, les Américains ont encore intégré des mesures de jazz, de rhythm’n’blues, de psychédélisme rock, d’africanité vrillée, de funk ou de soul brillante dans leur nébuleuse hip-hop instrumentale. Une ossature de musiciens avec force cuivres enrobe ou enlumine la moindre scansion avec une fluidité stupéfiante.
Leur singularité tient toujours à la même évidence: là où le rap s’est construit sur la culture du sample, The Roots ont fait le choix inverse. Un parti pris qui a imposé la formation, fondée par le batteur-producteur Questlove et le MC Black Thought, comme l’une des plus respectées de l’histoire du hip-hop depuis la fin des années 1980.
En tête d’affiche de l’Auditorium Stravinski en seconde partie de soirée samedi, quelques jours après avoir rempli le Zénith de Paris, The Roots s’est ainsi promené plus de deux heures durant avec sa nonchalance virtuose habituelle dans les méandres des sonorités afro-américaines.
Le collectif de hip-hop américain The Roots sur la scène de l’Auditorium Stravinski du Montreux Jazz Festival, le 11 juillet 2026. [FFJM 2026 – EMILIEN ITIM] Patrimoine du groove et emblèmes hip-hop
Dans son jardin scénique, le groupe qui accompagne chaque soir à l’écran The Tonight Show de Jimmy Fallon donne d’abord le ton avec ‘The Pros’, puis dégaine une salve de classiques du groove composés de ‘I Got My Mind Made Up’ d’Instant Funk, ‘Jungle Boogie’ de Kool & the Gang, ‘Soul Makossa’ de Manu Dibango, le plus pop ‘Think Twice’ de Donald Byrd et l’immensément irrésistible ‘Looking at the Front Door’ de Main Source. La matière sonore ici malaxée forme un long continuum où il est parfois difficile de distinguer la fin et le début d’un morceau.
Cette première messe patrimoniale dite où un soubassophone joue les premiers rôles au côté des baguettes métronomes de Questlove et du flow aussi souple que chirurgical de Black Thought, The Root embraie ensuite vers ses terres hip-hop plus saccadées. S’y glissent les pépites revisitées ou déconstruites de leur répertoire comme ‘Proceed’, ‘What They Do’, ‘The Next Movement’, ‘The Fire’, ‘You Got Me’, ‘Here I Come’, l’old school ‘Stay Cool’ ou le plus reggae-rock ‘The Seed (2.0)’ imbriqué pour l’occasion avec le très soul ‘Move on Up’ de Curtis Mayfield.
Puissance de feu orchestrale
Encore une fois, la puissance de feu de ce grand orchestre jazz-funk se montre irrésistible malgré quelques solos des différents instrumentistes en forme de tunnels démonstratifs, qui permettent sans doute aussi à Black Thought de reprendre son souffle tout comme le public.
Dans le tourbillon de ce métissage dansant infernal et classieux, chacun ressort essoré mais comblé d’avoir assisté encore à ce mémorable et généreux passage de The Roots au Montreux Jazz Festival.
Olivier Horner
60e Montreux Jazz Festival, du 3 au 18 juillet 2026.