Fendi joue… à domicile. La maison romaine, fondée en 1925, a choisi cette année la Galleria Nazionale d’Arte Moderna e Contemporanea de Rome, un fantastique (et méconnu) musée réunissant plus de 20 000 oeuvres du XIX et XXème siècle dans un immense bâtiment aux lignes néoclassiques. Les grands noms italiens (Monica Bellucci, Valeria Bruni-Tedeschi, le champion olympique Bebe Bio, la danseuse étoile Eleonora Abbagnato…) voisinent avec Sarah Jessica Parker et Jessica Alba, en face des chefs-d’oeuvre de Cy Twombly, Alberto Burri, Antonio Donghi et Henry Moore. Avant le défilé, passage obligé par l’exposition « After un percorso di lavoro. Fendi / Karl Lagerfeld 1985 », qui remet à l’honneur le travail, phénoménal, que le créateur allemand entré dans la maison en 1965 à la demande des cinq soeurs Fendi opera pour la maison italienne et son premier métier : la fourrure. Dessins (avec annotations lagerfeldiennes traduites en italiens), pièces historiques, expérimentations sur les formes et les textures, et rappel d’un drôle de projet associant le Grafobit, une technologie informatique de l’époque, rappellent qu’une certaine idée de l’avant-garde n’a jamais manqué, chez Fendi, de venir infuser ce qui est sans doute le plus ancien des «métiers » mode et le plus vieux vêtement de l’histoire de l’humanité.
Une rigoureuse sensualité
A 20:30 précises, alors que la projection du court métrage Love Monster, réalisé par Valeria Golino avec Leila George and Pietro Castellitto, touche à sa fin sur les réseaux sociaux, le défilé peut prendre le relais. C’est la première collection de haute couture de Maria Grazia Chiuri, la créatrice romaine que l’on a connue précédemment chez Valentino et chez Dior, ici chez elle et dans une maison qu’elle connaît bien, pour avoir, notamment, participé au succès phénoménal du sac Baguette. Surprise : la haute couture Fendi n’a rien des créations spectaculaires vues la semaine précédentes à Paris. Pas de couleurs éclatantes, pas d’accents fantaisistes, mais une rigueur qui mêle une quasi austérité à une sensualité empruntée autant à la mythologie romaine (Vénus) qu’aux femmes légendaires de Cinecittà. Même les bijoux, en forme de serpent ou de bas reliefs antique, puisent dans cette idée d’une romanité éternelle (et donc, indémodable).