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Juliette Voisin

Publié le

14 juil. 2026 à 7h00

Il l’a baptisée la Maison Viking. Posée sur un rocher sur la plage de la Mondrée à Fermanville (Manche), cette cabane de 12 m2 est devenue le refuge de Guillaume Aubry. « C’est sur cette plage qu’une barque viking a été retrouvée. Elle est aujourd’hui exposée au musée de Normandie à Caen. Vik, c’est la plage, l’endroit où tu peux accoster, que l’on retrouve dans Reykjavik par exemple. » Lui aussi a accosté ici un peu par hasard. Il y a une dizaine d’années, l’architecte et artiste-plasticien cherchait une cabane.

L’art de vivre nordique

Après plusieurs résidences en Suède, Finlande, Norvège et Islande, il rêvait de retrouver cet art de vivre nordique. « J’ai conservé cette culture scandinave d’avoir une cabane dans les bois avec un sauna au fond du jardin. Une maison que tu construis toi-même, où tu vis avec peu de choses. Ça ne veut pas dire que ça ne peut pas être beau, mais c’est un mode de vie un peu minimaliste, proche de la nature. »

À l’époque, la construction des années 50 était faite de parpaings, de tôles ondulées et de petites fenêtres. « Elle servait de cabanon de week-end à des gens du coin. » La maison fête d’ailleurs ses 70 ans cette année.

La première fois que j’ai ouvert les volets, il y a des gens qui sont arrivés en me demandant qui j’étais !

Guillaume Aubry

Habitué à concevoir des musées et des salles de spectacle, l’architecte découvre un nouvel exercice : refaire soi-même sa maison à petite échelle. L’ensemble fait seulement 12 m2. La rénovation est volontairement sans chichi. « C’est le carrelage le moins cher. Les robinets sont de simples tuyaux. »

Guillaume Aubry, cabane Fermanville, maison Viking,
Comme dans un bateau, l’espace est optimisé au maximum. Chaque objet a sa place, des livres aux objets ramenés de la plage. ©Juliette VOISIN

Au fil des week-ends entre amis, la cabane change d’allure. Deux grandes ouvertures sont posées et donnent une vue époustouflante sur la mer. Le faux plafond est tombé pour donner plus de volume. Une mezzanine est créée, assez grande pour accueillir un lit. « Une chambre grande comme une tente, ça suffit. » La maison est raccordée à l’eau et à l’électricité. « Il y a tout comme dans une maison. C’est une cabane améliorée. »

Un lieu inspirant

Arrivé de Paris il y a une dizaine d’années, Guillaume Aubry s’est peu à peu intégré à ce bout du monde. Il y a développé plusieurs projets artistiques : des projections de films sur la plage avec le soutien de la Drac, des séances de cinéma au fort Vauban ou encore une exposition flottante dans le cadre de Normandie Impressionniste, financée par le ministère de la Culture.

Cet été, il expose au Point du Jour à Cherbourg. Son installation rassemble des objets ramassés sur la plage, en dialogue avec les photographies de Derek Jarman. « Jarman vivait lui aussi dans une cabane, sur la côte anglaise, près d’une centrale nucléaire. Il réalisait des assemblages en mémoire de ses amis emportés par le sida. »

Plus qu’une résidence secondaire, la Maison Viking est devenue un lieu inspirant. C’est ici qu’il a écrit sa thèse sur les couchers de soleil. Pendant le confinement, qu’il passe avec son compagnon, aujourd’hui disparu, ils écrivent un livre de recettes de cocktails à boire au soleil couchant. « Un moment suspendu », dit-il.

Ses parents, sa sœur et ses nièces, originaires de Picardie, viennent désormais passer leurs vacances à la pointe du Cotentin. « C’est une maison pratique, pas longue à ouvrir et à nettoyer ! » Surtout, il aime rappeler : « Il n’y a rien de dingue ! Ce n’est pas une grosse villa avec une piscine à débordement, pas encore », blague-t-il.

Assis face à la mer, sur la terrasse en bois ou à l’abri, Guillaume Aubry contemple le spectacle offert par la nature. « Il y a souvent Bibi le phoque qui vient nous dire bonjour à marée haute. Des dauphins, de temps en temps. Il ne se passe jamais rien. »

Il se laisse hypnotiser par la mer. « Tu peux passer des heures à ne rien faire, juste regarder. J’ai pas mal de potes artistes qui viennent quand ils ont besoin de temps pour écrire. C’est une bonne télé, un grand écran plat. »

Face aux éléments

Lorsqu’il a acheté cette résidence secondaire, certains de ses proches ont d’abord été surpris.

« C’est parce que j’étais en Scandinavie que j’ai eu ce déclic d’acheter. En France, on a la culture de la maison secondaire, quand tu as payé ta maison, que tu as des enfants, des petits-enfants… Moi, j’avais 30 ans, c’était avant le Covid, avant toute cette mode des tiny houses. On m’a regardé en disant : tu es sûr de ton coup ? 25 000 euros l’achat, c’était une folie raisonnable. »

La fragilité du lieu ne l’inquiète pas. Une tempête, la montée des eaux… Si la mer vient à prendre sa construction, il n’aura pas de regret. Sa philosophie : « Ce qui est beau, c’est le côté éphémère de l’endroit. Elle est quand même là depuis 70 ans, mais ce n’est pas une cabane faite pour durer éternellement. Un jour, j’aurais un coup de fil d’un voisin qui me dira que la terrasse est partie au large… Il faut en profiter tant qu’elle est là. »

Guillaume Aubry, cabane Fermanville, maison Viking,
Comme posée sur la plage de Fermanville, entourée d’arbres, la cabane reste malgré tout discrète dans le paysage. ©Juliette VOISIN

Au rythme d’un épisode par semaine, notre série pousse les portes de maisons d’exception du Cotentin, de la cabane minimaliste à la villa contemporaine. Pour découvrir le territoire autrement, rêver et s’inspirer tout l’été.

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