Érigée à l’écart de la petite place centrale, la chapelle du château de Berne a accueilli, çà et là, quelques mariages et baptêmes… Une bâtisse davantage vivante que sacralisée.

Sur les contreforts du Haut Var, entre Lorgues et Flayosc, le château de Berne déploie ses 150 hectares de vignes au cœur d’un domaine forestier qui en compte plus de 500. Le nom du lieu vient de saint Bernard de Clairvaux, à qui le comte de Toulon offrit ces terres au XIIe siècle pour les confier aux Templiers et aux Cisterciens. Le saint homme n’y a peut-être jamais posé les pieds, mais sa congrégation y a bien fait escale. Érigée à l’écart de la petite place centrale, la chapelle n’a pas été consacrée au sens canonique du terme.

Elle a accueilli, çà et là, quelques mariages et baptêmes, ainsi que de moins classiques séminaires, concerts et dégustations. Soit une bâtisse davantage vivante que sacralisée, dans la tradition de cette Provence intérieure, où le sacré et le profane se côtoient avec la familiarité de vieux voisins. L’histoire du lieu est ainsi faite, stratifiée comme un terroir. Les Romains s’y installèrent dès 241 av. J.-C., le long de la voie Aurélienne qui reliait l’Italie à la Gaule. On y a retrouvé des amphores, des poteries, des pièces de monnaie ; et la silhouette toscane du château principal, avec son allée de cyprès, rappelle ce vieux dialogue méditerranéen. « Au XXe siècle, le domaine fut la propriété de Suzanne Smeets, fondatrice de l’agence Jean Mineur, ces panneaux publicitaires qui se déployaient dans les salles de cinéma avant la séance, confie Alexis Cornu, œnologue du château, passionné par le passé du lieu. Le Tout-Paris défilait dans ses fêtes, jusque tard dans la nuit.»

Chateau Berne, dans le Var, le 5 mai 2026, pour F l’art de vivre du Figaro.
Laura Stevens // Modds


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L’auberge est née ensuite, puis l’hôtel il y a vingt-cinq ans. Berne fut ainsi l’un des premiers domaines provençaux à comprendre qu’il était fondamental d’entrouvrir ses portes. Aujourd’hui, le vignoble, certifié en bio depuis 2021, s’étend sur des sols calcaires du jurassique, où se mêlent la fine fleur des cépages provençaux, du cinsault à la clairette en passant par le grenache, la syrah et l’ugni blanc.

Deux cuvées en racontent l’ambition : L’Enclos, mourvèdre vineux né d’un clos planté pour lui ; L’Amphore, expérimentation d’élevage des rosés dans des jarres de terre cuite – avec, pour gardiennes contre les départs de feux, un petit troupeau de chèvres rustiques héritées de la tradition pastorale. Tout, ici, semble participer d’un même récit : une Provence séculaire qui vit, depuis quelques décennies, une seconde jeunesse.