Selon eux, la variole aurait pu arriver de deux façons : soit par l’intermédiaire des colons britanniques à Sydney, soit par des pêcheurs indonésiens dans le nord du continent. Des chercheurs se sont récemment penchés sur cette question en menant une étude au cours de laquelle ils ont analysé des estimations de densité de population, des taux de mortalité, des routes de migration ainsi que d’autres données afin de tester ces deux hypothèses.
Ils estiment que la variole serait arrivée en Australie avec la Première Flotte, composée de onze navires britanniques qui ont accosté dans le port de Sydney en janvier 1 788 afin d’y établir une colonie pénitentiaire sous le commandement du capitaine Arthur Phillip. Mais une question demeure : comment la maladie a-t-elle pu survivre à bord des navires pendant un voyage suffisamment long pour atteindre le continent australien ?
Le virus aurait survécu dans les croûtes des malades en phase terminale
La flotte en question a passé des mois en mer, faisant route vers le sud puis vers l’est, et en isolant de fait les quelque 1 500 marins britanniques, membres de leurs familles et condamnés à bord, a expliqué l’historien Henry Reynolds, de l’Université de Tasmanie, qui n’a pas participé à ces recherches. De plus, les archives ne font état d’aucune épidémie de variole à bord des navires. Et même si le virus avait été présent, il se serait probablement éteint faute de victimes bien avant que les navires n’atteignent l’Australie.
En effet, les personnes qui contractaient la maladie mouraient en quelques jours ou semaines, ou survivaient et devenaient immunisées. Mais selon les experts, le virus aurait pu survivre dans les croûtes de variole, que les médecins utilisaient alors couramment pour inoculer les patients avant la mise au point du premier vaccin en 1796. Comme le révèle le Smithsonian magazine, ils collectaient les croûtes des survivants en phase terminale de la maladie, les réduisaient en poudre et frottaient cette poussière chargée de virus sur des égratignures superficielles de la peau.
« Bien que les navires de la marine royale britannique ne transportaient pas systématiquement de matériel variolique, il est probable qu’au moins un des chirurgiens en ait apporté ou s’en soit procuré en route à Rio de Janeiro ou au Cap », ont écrit les chercheurs dans l’étude.
Ils précisent toutefois n’avoir trouvé aucun témoignage écrit attestant de tentatives délibérées visant à disséminer le virus auprès des populations aborigènes. Ils estiment également que, si une telle initiative avait effectivement été menée, elle n’aurait probablement pas été orchestrée par Arthur Phillip, le premier gouverneur d’Australie, qui « s’est efforcé d’établir de bonnes relations entre les groupes autochtones et les colons ».
Une épidémie au bilan humain bien plus lourd qu’on ne le pensait
Les chercheurs ont également réévalué la population australienne précoloniale, jusqu’alors estimée entre 200 000 et 800 000 individus. Leurs travaux révèlent qu’elle était en réalité bien plus élevée, avec probablement entre deux et trois millions de personnes avant l’arrivée des colons européens. Une estimation largement revue à la hausse qui suggère que la colonisation britannique a eu un impact bien plus profond sur les communautés aborigènes d’Australie qu’on ne le pensait jusqu’alors.
« Nous estimons qu’en moyenne, 2,4 millions de personnes supplémentaires seraient décédées des suites de maladies, directement ou indirectement par le biais de répercussions sociales plus larges, et/ou auraient été tuées lors de violences liées à la colonisation au début et au milieu du XIXe siècle », ont expliqué les scientifiques avant de conclure : « de tels bouleversements auraient été catastrophiques pour les peuples autochtones, leurs coutumes traditionnelles et leur mode de vie ».
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