Coupé dans son élan ! Jeph avait pourtant déjà un bon bout de carrière derrière lui, notamment avec Tournée Générale, groupe qui a écumé bars, salles et festivals entre 2007 et 2020. Une référence alors dans le paysage nancéien. Puis une envie de parcours solo a mis fin à l’aventure, et Jeph s’est lancé sur un autre projet. « Je l’avais préparé en amont, pratiquement pendant trois ans. Un sacré boulot. Toute une tournée était montée. C’était parti ! »
Mais l’année était celle de tous les impossibles : 2020 et la pandémie de Covid. Fin des concerts. Public confiné. Artistes aussi. « Le projet s’est effondré. Une claque monumentale. »
Jeph en a été si ébranlé que le goût de la musique lui est presque passé. « En tout cas je n’arrivais plus à me projeter dans la musique. J’étais intermittent depuis 2007, dans un truc qui avait marqué les esprits, et là, ma dynamique était cassée. » Au point qu’il s’engage dans une reconversion, laquelle ne fera pas long feu, la maladie venant s’ajouter à l’équation. Jeph est bipolaire.
« En réalité, ce n’était pas une surprise. J’étais déjà diagnostiqué depuis 15 ans, mais la musique avait toujours eu une fonction de soupape en quelque sorte. Ça me permettait de laisser la bipolarité à distance. Mais là, j’ai dû m’y confronter. »
Jeph, ex-Tournée générale, se relance avec le projet « Jeph va Piano, va Solo » Photo Bruno Liénard
Le piano face aux démons
Cette bataille au long cours, il a dû s’y jeter singulièrement désarmé. « Le manque de moyens dans la santé mentale, c’est effarant ! Les difficultés qu’on rencontre pour se soigner, c’est inimaginable. Il a fallu que je me fasse hospitaliser de mon propre chef, et j’ai perdu deux ans de ma vie à batailler. »
Deux ans pas tout à fait perdus puisqu’ils lui ont permis de mieux se construire pour « ceux qui restent ». Avec un atout qui s’est imposé de lui-même : la musique. Et même un nouvel instrument entré dans sa vie. Le guitariste chanteur s’est mis très sérieusement au piano.
« J’avais des choses à écrire, des textes poétiques assez forts, et je me suis rendu compte qu’à la guitare, j’avais du mal à rendre cette dimension poétique et dramaturgique du texte. Et pour tout dire, l’arrivée du piano, ça a été d’une grande aide pour me plonger dans la musique quand j’étais face à mes démons. » Il lui arrive même de lâcher guitare et piano pour slamer son verbe avec détermination.
Ainsi, Jeph a retrouvé le chemin de la scène il y a 18 mois, les doigts sur le clavier et le couteau entre les dents pour reconquérir sa place d’artiste intermittent.
Riche d’un nouveau répertoire de chansons de son cru, où la poésie veut « s’ancrer dans la sphère sociale, dans la vie des gens », s’inspirant d’influences aussi diverses que l’anarchique poète Léo Ferré ou l’intimiste et « trop peu reconnu » William Sheller, le Nancéien enchaîne les concerts autour d’un spectacle « vraiment construit ». « Je ne voulais pas un simple tour de chant. » Le tout sur le titre Va piano va solo.
Jeph, ex-Tournée Générale, se relance avec le projet « Jeph va Piano, va Solo » Photo Bruno Liénard
Une centaine de concerts en deux ans
L’étape du disque, ce sera pour plus tard, quand les finances seront assez remontées pour pouvoir l’assumer. « Et puis ça a du sens de faire les choses dans ce sens-là, puisque je suis d’abord un artiste de scène. » Une scène où il se déploie pleinement, « et même avec une énergie rock ».
Ainsi se sont enchaînés une cinquantaine de concerts l’an passé. Autant au moins sont prévus pour cette année, dont deux prochainement à Liverdun (25 juillet) et Laxou (31 juillet).
À 43 ans désormais, Jeph a plus que jamais le sentiment de s’être apprivoisé. « Bien sûr, il y a encore des moments d’orage, des jours au ciel chargé. Mais je me sens aller vers quelque chose de plus apaisé, de vraiment plus lumineux. » Et de plus engagé, au-dehors comme au-dedans.
Concerts à l’Esperluette, à Liverdun le 25 juillet (20 h) et à la guinguette de Laxou, le 31 juillet (19 h 30).