Dans son nouveau roman « Maxence », Céline Zufferey explore l’intimité du quotidien. L’écrivaine valaisanne fait « l’autopsie » de son présent conjugal, saisit l’instant par l’écriture, inscrit le quotidien du couple dans l’éternité, fixe la mémoire et prévient la disparition de celui qu’elle aime.

Inspirée par son propre couple, Céline Zufferey livre avec « Maxence » une fiction où l’observation minutieuse devient une forme d’amour et d’art. À travers ce récit, elle interroge les notions de présence, d’absence et de mémoire, tout en réinventant la passion dans les petits gestes du quotidien.

L’autrice valaisanne raconte dans l’émission Vertigo du 16 février avoir scruté son compagnon pendant cinq mois pour écrire « Maxence ». Ce dernier, qui donne son prénom au titre du roman, est à la fois muse et point de départ de cette réflexion littéraire: « La différence d’âge de vingt-trois ans entre nous m’a fait réfléchir à la disparition, à qui partirait en premier », confie l’autrice. Mais très vite, le projet dépasse cette simple réflexion pour devenir une exploration de l’amour quotidien: « Ce livre parle de cette présence et absence des êtres aimés, de leur coexistence entre le moment présent et leur éventuelle absence future. »

Un roman entre fiction et réalité

Le roman se distingue par un « female gaze » assumé, où un homme est observé par une femme. « On a l’habitude que ce soit l’inverse, mais ici, je voulais inverser les rôles », explique Céline Zufferey. Elle s’intéresse au corps de son compagnon, mais aussi à ses habitudes domestiques, comme la manière dont il prépare son café ou regarde des films. « C’était aussi une manière de traiter la passion dans le quotidien, à travers de petites attentions et des gestes simples », ajoute-t-elle.

Si le roman s’inspire de la vie de l’autrice, il ne s’agit pas d’une simple autofiction: « Mon couple est une base de départ, mais j’ai laissé une grande place à la fiction ». Céline Zufferey a également choisi de traiter l’écriture comme un processus en soi. « Plus j’écrivais, plus je m’éloignais de mon couple pour devenir une observatrice. Ce livre est autant une réflexion sur l’amour que sur l’acte d’écrire. »

Invitation à réenchanter le quotidien

Avec « Maxence », Céline Zufferey invite ses lecteurs et lectrices à réenchanter leur quotidien. « Les premiers retours que j’ai eus montrent que ce livre pousse à regarder différemment son conjoint ou ses proches et à retrouver un émerveillement dans les petites choses », se réjouit-elle. Une démarche qui n’est pas sans rappeler l’influence de Georges Perec et de Nathalie Sarraute, deux figures majeures de la littérature qui ont su sublimer l’ordinaire.

Écrit en seulement cinq mois, « Maxence » se distingue également par sa construction. Céline Zufferey a travaillé par fragments, qu’elle a ensuite assemblés comme un cinéaste monte ses plans. « J’ai pensé ces chapitres comme des éclats, écrits dans le désordre, puis structurés comme un montage », explique-t-elle. Une approche qui reflète son goût pour le cinéma et l’art visuel, des influences récurrentes dans son œuvre.

Propos recueillis par Rafael Wolf

Adaptation web: olhor

Céline Zufferey, « Maxence », Gallimard, février 2026.