Depuis le spectaculaire cambriolage du 19 octobre dernier, le temps s’était arrêté dans la galerie d’Apollon. Restée portes closes durant neuf mois, cette salle emblématique du musée du Louvre rouvrira enfin ses portes au public dès ce mercredi 22 juillet… Elle sera toutefois dépouillée de tous ses objets, bijoux et vitrines. Un changement radical auquel les visiteurs vont devoir s’habituer, car les joyaux de la Couronne ne reprendront jamais leur place dans ce fastueux décor.

Le dimanche 19 octobre au matin, en passant par une porte-fenêtre vulnérable, un commando avait pénétré dans cette salle emblématique du Louvre à l’aide d’une nacelle et dérobé en huit minutes les huit joyaux de la Couronne de France – révélant ainsi les profondes fragilités du plus grand musée du monde. Si les quatre auteurs présumés ont été rapidement mis sous les verrous, ces trésors irremplaçables de l’époque impériale, évalués à 88 millions d’euros, n’ont toujours pas été retrouvés.

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Une réouverture annoncée discrètement

Les vitrines brisées, éventrées à l’aide de disqueuses sans fil, étaient restées telles quelles pendant plusieurs mois. Les joyaux rescapés, dont la couronne de Louis XV et trois diamants incomparables (l’Hortensia, le Sancy et le Régent, valant à lui seul 51 millions d’euros), avaient quant à eux été transférés cinq jours après le vol, sous escorte policière, dans les coffres de la Banque de France, voisine du Louvre.

Grilles de protection installées sur la fenêtre de la galerie Apollon au musée du Louvre, Paris

Grilles de protection installées sur la fenêtre de la galerie Apollon au musée du Louvre, Paris

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photo : Christophe Delattre / AFP

Sans doute pour éviter une médiatisation et un afflux de visiteurs trop importants, la réouverture de la galerie a été annoncée presque en catimini. L’information a en effet été révélée au cœur de l’été, et à la dernière minute, par le nouveau président-directeur du musée, Christophe Leribault, dans une interview exclusive donnée au Parisien, qui n’a été publiée que ce 20 juillet au soir, l’avant-veille de la réouverture à laquelle assistera la ministre de la Culture, Catherine Pégard.

Une galerie sans bijoux

« On va redonner à la galerie d’Apollon sa fonction et son état de galerie d’apparat […] C’est notre galerie des Glaces à nous »

Christophe Leribault

« Plutôt que présenter toutes les autres vitrines sauf les deux qui ont été attaquées lors du cambriolage, on va redonner à la galerie d’Apollon sa fonction et son état de galerie d’apparat […] C’est notre galerie des Glaces à nous », y explique l’ancien président du château de Versailles. La galerie d’Apollon redevient donc un décor vide dans lequel déambuler, une œuvre d’art total à admirer pour elle-même. Les visiteurs s’y rendront uniquement pour y contempler l’architecture, les dorures, les ornements sculptés et les plafonds peints par Charles Le Brun à la gloire de Louis XIV, et achevés au XIXe siècle par Eugène Delacroix.

Ce retour à sa fonction originelle implique cependant une rupture définitive avec son histoire récente : les bijoux de la Couronne, qui s’y trouvaient présentés depuis 1889, et les collections de pierres dures de Louis XIV qui les avaient rejoints en 2020 après rénovation de la galerie, ne reviendront jamais dans la galerie. Cette dernière portera donc pour toujours, de manière radicale, la marque du vol.

Un nouvel espace sécurisé pour les joyaux de la Couronne

« On va créer une salle sécurisée, une chambre forte, sans fenêtres, à un autre endroit du musée. »

Christophe Leribault

Les joyaux auront quant à eux droit à un espace dédié, plus adapté à leur sécurité. « On va créer une salle sécurisée, une chambre forte, sans fenêtres, à un autre endroit du musée. […] Ce sont de très gros travaux à mener, mais il faut trouver l’endroit idéal. Et le financement », a révélé Christophe Leribault.

Alexandre-Gabriel Lemonnier, Couronne de l’impératrice Eugénie, avec son écrin

Alexandre-Gabriel Lemonnier, Couronne de l’impératrice Eugénie, avec son écrin, 1855

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Or, diamants, émeraudes, cuir • 13 × 15 cm • Coll. musée du Louvre, Paris • © GrandPalais Rmn presse / Stéphane Maréchalle

La couronne d’Eugénie, toujours en restauration après avoir été endommagée par les voleurs et abandonnée dans leur fuite, devrait devenir l’une des pièces phares de ce futur dispositif. « Cette couronne va devenir plus célèbre qu’avant, c’est certain, un peu comme la Joconde après son vol en 1911 », estime le président-directeur. En attendant, ce dernier est justement occupé à réunir en un an la somme colossale de 360 millions d’euros auprès de mécènes afin de financer le grand projet de transformation du musée chiffré à un milliard d’euros, « Louvre Nouvelle Renaissance ».

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