Cinq jours après l’interruption de son concert à Grenoble, la DJ Barbara Butch va déposer plusieurs plaintes jeudi, notamment pour provocation à la haine et à la violence contre La France insoumise (LFI). Le parti est sous le feu des critiques d’une immense majorité de la classe politique.

«Le débat est une liberté; la violence est une infraction», a tancé Audrey Msellati, avocate de Barbara Butch, en annonçant à l’AFP le dépôt de plaintes à Grenoble et Paris. Elles visent «notamment le mouvement de La France insoumise, certains de ses élus et représentants locaux». «Le média d’extrême droite Omerta et l’essayiste (d’extrême droite multicondamné notamment pour propos antisémites) Alain Soral», seront également visés, a-t-elle précisé.

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L’avocate reproche au premier sa Une récente où Barbara Butch apparaît aux côtés notamment du député LFI Raphaël Arnault et du pédocriminel américain Jeffrey Epstein, montage accompagné du titre «Occident dégénéré, jusqu’où iront-ils?» Le second fera l’objet d’une plainte pour injure publique aggravée, à la suite d’un commentaire sur X, a indiqué Me Msellati.

La cheffe de LFI reconnaît que le tract était « mauvais »

Samedi soir, à Grenoble, le concert de l’artiste juive de 45 ans avait été interrompu au bout d’une vingtaine de minutes en raison d’une action de militants pro-palestiniens et LFI. Ils répondaient à un appel au boycott lancé notamment par la section iséroise des Insoumis. Sollicitée par l’AFP, la direction de LFI n’a pas fait de commentaire à ce stade.

Mais face aux vives critiques visant depuis plusieurs jours son mouvement, la cheffe des députés Insoumis (LFI, gauche radicale) Mathilde Panot, a reconnu mercredi que le tract distribué par des militants Insoumis était «mauvais», condamnant insultes et jets de projectiles. Mais «il n’y a pas d’antisémitisme dans nos rangs», a-t-elle affirmé.

«Notre média ne saurait être qualifié de média d’extrême droite», a réagi pour sa part Omerta sur X, assurant avoir «exclusivement» émis des «critiques» à l’égard de la prestation de Barbara Butch «au spectacle d’ouverture des Jeux olympiques» de Paris en 2024. «Nous attendons cette procédure sereinement», a-t-il poursuivi.

«C’était d’une violence inouïe»

Sur franceinfo, Barbara Butch, figure des nuits parisiennes LGBTQ +, a affirmé avoir «reçu des projectiles sur la scène, sur les platines». «C’était d’une violence inouïe.»

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Les militants lui reprochaient sa participation, en 2025, à un événement organisé à la résidence de l’ambassadeur de France en Israël et la signature d’une tribune en faveur de la proposition de loi Yadan, qui visait à «lutter contre les nouvelles formes d’antisémitisme», contestée et retirée depuis.

«La liberté de critiquer n’emporte pas celle d’empêcher autrui, par la force ou par la peur, de travailler», a tonné l’avocate de la DJ. «La haine n’a pas de couleur politique», a-t-elle estimé, sur franceinfo, sa cliente ayant déjà été ciblée par un cyberharcèlement mêlant grossophobie, lesbophobie et antisémitisme après les Jeux olympiques.

Les différents faits sont «susceptibles de constituer, notamment, les délits de provocation publique à la haine et à la violence, violences aggravées, entrave à la liberté de création artistique, cyberharcèlement aggravé, diffamation et injure publiques aggravées», a indiqué le conseil. Mais ces chefs ne s’appliqueront pas à tous les acteurs visés.

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«La Licra dépose plainte aux côtés de Barbara Butch», a annoncé l’association sur X, estimant que «les victimes d’antisémitisme mérit (ai) ent d’être entendues avec la même considération que toutes les autres victimes». Mardi, le parquet de Grenoble a ouvert une enquête pour «délit d’entrave concertée aux libertés».

Soutien de plusieurs personnalités, dont la ministre de la Culture

La DJ a été reçue mercredi par la ministre de la Culture, Catherine Pégard, qui lui a affirmé sa volonté de protéger son «intégrité». L’artiste a également reçu le soutien de plus de 300 personnalités, dont Alain Chabat et Géraldine Nakache, signataires d’une tribune dans le journal Libération, estimant qu’«agresser une DJ juive ne libérera pas la Palestine».

L’artiste se projette déjà vers sa prochaine performance, prévue samedi soir, lors d’un festival dans l’Yonne. «Bien sûr que j’y vais», a-t-elle affirmé à franceinfo. «On va essayer de rétablir un dancefloor où les gens se mélangent, les gens s’aiment, les gens se rencontrent.»

Dans un communiqué publié jeudi, Antoine Armand, maire macroniste d’Annecy, a invité «Barbara Butch à se produire dans sa ville» et incité «tous ses collègues maires à faire la même démarche».