[Avignon 2026] Le chorégraphe et danseur américain, Trajal Harrell, enchante le festival le temps de son “Music, Music”.
Une autre langue que le coréen, “invitée” officielle du Festival d’Avignon, aura bercé ces trois semaines en surchauffe. Celle de la musique. Il y avait des chansons presque partout, dans les propositions de Carolina Bianchi comme dans celle de Ben Duke, chez Jeanne Candel aussi. Du live et des versions inattendues comme le tube d’Edwyn Collins, A Girl Like You revisité façon néo-folk. Silence du tandem Lucie Antunes Mathilde Monnier s’est révélé un véritable concert en mouvement autour de l’album éponyme transformant la carrière Boulbon en dancefloor. Quant à Laura Vasquez, elle aura réussi à faire de la lecture de ses poèmes une petite musique rageuse le temps de Premier Millimètre, un seul en scène incandescent.
Seul Boris Charmatz avait fait vœu de silence (avec Muette). Et que dire du récital de Benjamin Clementine, dans la Cour d’honneur, se jouant des fantômes du lieu en Hamlet londonien d’un soir. Le musicien, en forme, réussira même à faire entonner son formidable Condolence aux 2 000 spectateur·rices du palais des Papes. Qui dit mieux ? Présent à ce concert, Trajal Harrell a certainement, apprécié.
Pièce bilan
Trois jours plus tard, il présentait son solo, Music Music, au cloître des Carmes, manière de clôturer ce festival, 80e du nom, au diapason. S’inscrivant dans la série “Histoire(s) du théâtre”, cette proposition est un autoportrait de l’artiste à travers les chansons. “Je voulais explorer la musique comme une archive de la mémoire”, dit-il. Sa set list est parfaite, de Purcell à Solange, de Marin Marais à Florence and the Machine. En ouverture, le danseur proposera au public de visionner le clip de Cold Heart, tube d’Elton John et Dua Lipa. Et chacun·e de (r)allumer son téléphone provoquant une jolie cacophonie dans la salle. Surtout, exposé aux regards, Trajal Harrell rejoue des instants, suspendus, de sa vie de chorégraphe. Un balancement de bras piqué au voguing, une grimace digne d’un soliste butō. Il a digéré toutes ces grammaires du geste, pas dans l’esprit d’une fusion mais d’une déconstruction. Ce qui intéresse Trajal relève de la tension entre les styles.
D’une incroyable liberté formelle, Music Music est une pièce bilan. Si elle n’a pas la force de Maggie the Cat ou The Köln Concert, Music Music fait sienne les pensées de Henry Purcell : “la musique pour un temps dissipera tous vos tourments”. En guise de “encore”, Trajal Harrell s’offre un dernier tour de piste sur la voix déchirante de Tracy Chapman et sa chanson Behind the Wall. Il y est question de violence domestique. La joie cède alors sa place à la gravité. Et Trajal Harrell de s’éclipser.
Music Music, conception Trajal Harrell au festival d’Avignon jusqu’au 24 juillet