Reléguée au rang de menace oubliée dans les pays développés, la fièvre typhoïde n’a pourtant rien perdu de sa dangerosité. La bactérie responsable de cette maladie millénaire — Salmonella enterica sérovar Typhi — développe une résistance croissante aux traitements antibiotiques disponibles, au point de menacer l’ensemble de l’arsenal thérapeutique oral.

Des chercheurs internationaux tirent la sonnette d’alarme : sans action urgente, le monde pourrait se retrouver face à une crise sanitaire d’ampleur mondiale.
Un pathogène qui apprend à déjouer les traitements
Publiée dans The Lancet Microbe, une étude majeure a analysé les génomes de près de 3 500 souches de S. Typhi prélevées entre 2014 et 2019 au Népal, au Bangladesh, au Pakistan et en Inde. Les résultats sont sans appel : les souches dites XDR (extensively drug-resistant) progressent rapidement et supplantent les variants non résistants.
Ces souches ultra-résistantes échappent non seulement aux antibiotiques de première ligne comme l’ampicilline ou le chloramphénicol, mais aussi aux traitements plus récents tels que les fluoroquinolones et les céphalosporines de troisième génération.
L’histoire de cette résistance s’est construite sur plusieurs décennies. Dès le début des années 2000, les mutations conférant une imperméabilité aux quinolones représentaient déjà plus de 85% des cas recensés dans cinq pays d’Asie du Sud et du Sud-Est. La résistance aux céphalosporines a suivi la même trajectoire ascendante, réduisant progressivement les options thérapeutiques disponibles.
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Un dernier antibiotique oral sous pression
Aujourd’hui, un seul antibiotique oral reste efficace contre la typhoïde : l’azithromycine, un macrolide. Or, l’étude révèle que des mutations lui conférant une résistance commencent à se propager, menaçant l’intégralité des traitements oraux encore disponibles. Si ces mutations venaient à être adoptées par les souches XDR déjà circulantes, les options thérapeutiques se réduiraient à néant pour des millions de patients.
Les chiffres donnent la mesure du défi : en 2024, plus de treize millions de cas de typhoïde ont été recensés dans le monde. Sans traitement, la maladie peut être fatale dans jusqu’à 20% des cas. Si l’Asie du Sud concentre environ 70% des cas, la diffusion internationale des souches résistantes est déjà bien amorcée. Depuis 1990, près de 200 cas de propagation transfrontalière ont été documentés, avec des détections en Afrique subsaharienne, en Asie du Sud-Est, mais aussi au Royaume-Uni, aux États-Unis et au Canada.
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La vaccination comme bouclier face à l’impasse thérapeutique
Face à l’érosion des options médicamenteuses, les experts s’accordent sur une priorité : élargir massivement l’accès aux vaccins conjugués contre la typhoïde. Le Pakistan a montré la voie en devenant le premier pays au monde à intégrer cette vaccination dans son programme national d’immunisation. L’Organisation mondiale de la santé a préqualifié quatre vaccins conjugués, désormais introduits dans les calendriers vaccinaux de plusieurs pays endémiques.
Une étude indienne estimait en 2021 qu’une campagne de vaccination ciblant les enfants urbains pourrait prévenir jusqu’à 36% des cas et décès liés à la maladie. La leçon du Covid-19 reste présente : dans un monde globalisé, aucun foyer épidémique n’est trop lointain pour être ignoré. La résistance aux antibiotiques tue déjà davantage que le VIH ou le paludisme — et chaque année d’inaction aggrave l’équation.
SOURCE : ScienceAlert