Si même en plein hiver, le glacier des Bossons recule désormais, c’est sous la canicule que l’on observe le plus la fonte de ce géant de glace, devenu le symbole du réchauffement climatique le plus visible depuis Chamonix. La plus grande cascade de glace d’Europe fond à vue d’œil, et l’arc de cercle que forme son front s’élargit de jour en jour, laissant affleurer toujours plus de roche nue. Un emballement qui s’inscrit dans une sécheresse inédite en haute montagne.

L’élargissement de ce gouffre, qui n’était, il y a qu’un an et demi, une petite brèche, est d’autant plus terrible qu’elle met en avant un cercle vicieux. « Les roches sombres, désormais à l’air libre, concentrent la chaleur et accentuent la fonte en périphérie », rappelle le glaciologue Sylvain Coutterand. Avec sa pente moyenne de 28 degrés et sa vitesse d’écoulement, ce glacier dont la source prend naissance sous le sommet du mont Blanc compte parmi les plus réactifs du massif aux caprices du climat. Le docteur en géographie observe ce colosse reculer depuis son enfance. « Depuis le début des années 80, il a reculé d’1,2 kilomètre. À l’époque, on y faisait l’école de glace », se souvient-il. À ce rythme, la pointe de cet arc de cercle située en rive droite pourrait disparaître avant la fin de l’été.

À ses pieds, les riverains s’habituent au fracas régulier des séracs qui se détachent, et regardent, impuissants, le paysage changer de visage. Certains jours de forte chaleur, des cascades d’eau spectaculaires jaillissent de sous la glace, dévalant la paroi à grand bruit. D’aucuns y voient là, les larmes d’un géant qui pleure sa propre disparition.