En 1996, donc en pleine fièvre Britpop, les pionniers de la new wave semblent venir d’une autre époque. La faute à un album très inégal dont on ne sauvera que quelques titres.

Le dixième album de The Cure ne s’est pas fait dans la sérénité. Après les émotions du milieu des nineties (le procès qui opposa Smith à Tolhurst, l’alcoolisme de Gallup, le départ de Thompson, etc.), Robert Smith réussit à rassembler une petite troupe autour de lui. Exit Dave Allen, qui a coproduit les albums de The Cure entre 1983 et 1992. C’est à Steve Lyon que revient la tâche ô combien ardue d’unifier le son d’un disque profondément éclectique, qui passe d’une humeur à une autre avec un enthousiasme certes contagieux, mais parfois déroutant.

On trouve de la guitare espagnole, du sitar électrique, un peu de guitares (pas assez, comme s’en plaindront les fans) et des synthétiseurs. Si les mélodies restent honorables (on apprécie les envolées oniriques de Numb), l’instrumentation souffre d’un réel manque de cohérence. D’autant plus qu’après des mois d’enregistrement, Fiction avait fini par perdre patience et demandé à Smith de rendre sa copie illico presto. D’où un mixage quelque peu bâclé…

Un sens de la ballade mélancolique intact

Après un prodigieux Want en guise d’ouverture, on passe au rock souligné de sitar électrique de Club America puis à la jolie ballade nourrie de cordes et de synthé This Is a Lie, à la pop acidulée de Strange Attraction, au rock post-Just like Heaven de Mint Car, déluré et efficace, sans oublier le rock plus classique (et affirmé) de Trap ou un drôle de titre sous influence mariachi, The 13th.

Entre titres pop inégaux (Round & Round & Round, Gone!) et ballades éternellement mélancoliques telles Jupiter Crash, Treasure ou la superbe Bare, il y a de quoi trouver son bonheur. Ou pas : s’il se rapproche parfois dangereusement de la faute de goût, Wild Mood Swings a surtout souffert de paraître en pleine fièvre Britpop qui le relégua, sans possibilité de se défendre, dans les rayons des disques ringards. Trente ans après, on réalise qu’il a, au contraire, très bien vieilli. The Cure, c’est plus fort que toi.