Après l’incendie du Constellation, partout en Suisse, les autorités font appliquer strictement des normes anti-feu auxquelles elles veillaient peu jusque-là. Des établissements publics et des organisateurs de manifestations dénoncent désormais publiquement ce serrage de vis.
L’incompréhension des lieux publics et des comités bénévoles n’est pas nouvelle, mais elle était inaudible les premiers mois après le drame qui a tué ou blessé 150 jeunes. Des patrons d’établissements élèvent désormais la voix sur ce serrage de vis. Ils ne comprennent pas certaines mesures et jugent le délai pour se mettre en conformité irréaliste.
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Les entreprises qui effectuent les travaux sont débordées et en profiteraient pour faire monter les prix. Cette charge supplémentaire est difficile à supporter pour les hôtels et restaurants, un secteur économique où les marges sont faibles.
Peur des reproches
Privé de 30 couverts sur 80, faute de sorties de secours suffisantes, le restaurant vaudois Les Négociants à Vevey a déjà dû licencier deux employés. « Il ne faut absolument pas badiner avec la sécurité. Le problème, c’est qu’aujourd’hui tout arrive en même temps. La disproportion de ce qu’on nous demande peut paraître exagérée », déclare dans le 19h30, le propriétaire Frank Schoellkopf.
L’Etablissement cantonal d’assurances (ECA) vaudois admet une surréaction après la tragédie de Crans-Montana, mais estime que dans le cas contraire, on lui reprocherait son immobilisme. « Ce ne sont pas des nouvelles mesures, ce sont des mesures qui, si les choses avaient été faites comme la loi le prévoit, auraient été imposées il y a longtemps », recadre Stéphane Farrugia, responsable du service prévention incendie à l’ECA.
En Valais, la propriétaire de l’hôtel du col de la Forclaz à Trient, Romaine Gay-Crosier, fustige, elle, le fait que son établissement soit menacé de fermeture. « Il y a vraiment eu une crise de folie pour la question sécuritaire aux normes incendie », dénonce-t-elle dans La Matinale.
Elle poursuit: « On est totalement en faveur des normes sécuritaires, mais on demande à ce qu’on revienne à du bon sens, à des normes qui soient applicables et qui ne mettent pas en danger toutes les entreprises valaisannes ».
Vers des dérogations?
« Je n’ose pas voir le devis des portes anti-feu qu’on doit installer à toutes les chambres partout. Pour certains endroits, je ne discute pas, mais pour d’autres, ce n’est pas justifié. L’hôtel a 200 ans et nous n’avons jamais eu un seul problème. D’une manière statistique, on peut tout de même en tirer des conclusions », estime Romaine Gay-Crosier.
Depuis deux mois, la classe politique évoque un besoin de proportionnalité. L’avenir dira si ce discours restera au stade de l’intention ou s’il se concrétisera sous la forme de dérogations, afin d’éviter des fermetures d’établissements et apaiser la grogne qui commence à s’exprimer publiquement.
Romain Carrupt avec Yoan Rithner et Yannick Bacher/asch