L’administration Safe Brussels évoque alors « une reconduction du plan 2025 mais avec des contraintes budgétaires ». Toutefois, ni l’administration ni le cabinet du ministre-président Boris Dilliès (MR), en charge de la sécurité et de la prévention, n’acceptent de divulguer les documents validés début juillet. Les associations, elles, attendent. Safe Brussels assure être en train de finaliser les dossiers de notification pour les associations. « Il y a des procédures à respecter pour que ces subsides ne soient pas contestés. »
Finalement, la Dernière Heure a pu se procurer le tableau budgétaire. Et nous sommes assez loin d’une simple reconduction du programme 2025. Sur les 39 projets subsidiés l’an passé dans le cadre de ce plan, 14 passent à la trappe.
14 projets arrêtés : 725.815 € économisés
La Croix-Rouge perd notamment 17 000 euros. Le Centre d’information et de documentation pour les jeunes perd 21 000 euros. 25 000 euros en moins aussi pour 2BoutsASBL (association engagée dans l’éducation à la diversité). Teach for Belgium perd, de son côté, 127 000 euros…
Modus Vivendi perd ses deux programmes subsidiés : un à 126 500 euros et l’autre à 85 500 euros. Cette association « met en œuvre, au bénéfice des usagers de drogues et avec leur participation, toute action et toute réflexion qui visent la réduction des risques liés à l’usage de drogues (Sida, hépatites, MST, overdose, bad trip, isolement social, etc.). »
Les 14 projets arrêtés représentaient encore 725 815 € en 2025 qui sont donc ici économisés.
Les ASBL Dune et Transit, actives dans l’accompagnement de publics précarisés touchés par des problématiques d’assuétudes, gardent encore des projets, mais ceux-ci sont fortement amputés par rapport à 2025. Dune perd 57 500 euros (de 116 875 en 2025 à 59 375 € pour 2026) et Transit passe de 4 671 159 euros à 4 400 000 € (soit environ 271 000 euros de moins).
Un des 39 projets de 2025 reste dans la catégorie « à déterminer » : Sublink (pour les personnes sans-abri sur le réseau de la STIB).
Une ASBL qui gère des cinémas à Liège et Namur
Notons que parmi les projets arrêtés, on retrouve celui des Grignoux, une ASBL qui gère des cinémas à Liège et Namur et qui touchait visiblement 81 000 euros encore en 2025. Selon les premiers rapports du PGSP 2021-2024, il s’agissait de « la mise en place d’activités cinématographiques comme outil de compréhension et de sensibilisation aux phénomènes de polarisation et de radicalisation ». On nous glisse que ce subside a étonné quelques cabinettards.
guillement
Derrière les projets, il y a des travailleurs sociaux expérimentés
Le Brugov maintient tout de même 22 projets du plan de prévention 2025 : Inforjeunes, Projet Lama, Infirmiers de rue, Casa Legal, Diogènes…
Au total, le plan 2026 représente 6,8 millions d’euros de subsides, majoritairement captés par Transit qui gère aussi les salles de consommation à moindre risque.
Du côté des associations touchées par les coupes, c’est la douche froide. Ces subsides servent surtout à financer des ressources humaines. « Derrière les projets, il y a des travailleurs sociaux expérimentés qui connaissent le public auquel ils s’adressent. »
guillement
Le vertige de voir le fossé entre les engagements du gouvernement bruxellois qui dit mettre la sécurité au rang des priorités et notre réalité de terrain
L’impression qui domine, « c’est le vertige de voir le fossé entre les engagements du gouvernement bruxellois qui dit mettre la sécurité au rang des priorités et notre réalité de terrain, s’agace Charlotte Bonbled, directrice stratégique chez Dune. Ils avaient aussi promis de faire de la transparence une mode de gouvernement, on ne sait toujours pas sur quels critères ces arbitrages ont été faits. La confiance est abîmée et nous, on a des préavis conservatoires qui courent. »
Le secteur ne nie pas pour autant la réalité : « Les associations peuvent comprendre la nécessité des arbitrages budgétaires, mais au-delà de la survie des associations et du stress permanent de l’avenir, la question est plutôt de savoir qui payera vraiment le coût de ces coupes. Ce sont les quartiers les plus fragilisés, les habitants et plus largement la sécurité de tous. »
La directrice prend l’exemple de Modus Vivendi qui perd ses deux projets : « Ils font du testing (de drogue) et s’occupent de la centrale d’achat du matériel stérile pour la consommation de drogue. C’est via cette centrale que les associations du secteur se fournissent, y compris les salles de consommation à moindre risque de Transit. Au-delà de l’impact sanitaire de la fin de ce subside, ce matériel est aussi la porte d’entrée pour les publics que nous suivons. C’est souvent pour venir chercher du matériel stérile qu’ils passent notre porte et qu’on peut entamer une prise de contact et un suivi. »
De son côté, le cabinet de Boris Dilliès refuse de communiquer sur le sujet même après que nous avons pu consulter le tableau budgétaire. Nous n’aurons donc pas de réponse sur un éventuel transfert de certains projets vers d’autres plans de financement (comme la Santé par exemple) ou sur le cas de Sublink. Le cabinet d’Ahmed Laaouej (PS), en charge de l’Action sociale et de la Santé, nous renvoie pour sa part vers le ministre-président.
Le faux espoir des provisoires
Reste encore un point qui exaspère les associations. Fin 2025, faute de gouvernement de plein exercice, le parlement bruxellois a voté des douzièmes provisoires afin que la Région ait un budget de fonctionnement pour le premier trimestre de 2026. Il s’agit alors de limiter les dépenses mensuelles à un douzième du budget de l’année précédente sans changement de politique. Techniquement, pour le premier trimestre 2026, les associations financées par le PGSP 2025 auraient donc dû toucher une partie de leur subvention.
Mais finalement ce ne sera pas le cas. L’installation du gouvernement bruxellois en février 2026 et l’adoption d’un budget 2026 ont stoppé le travail de Safe Brussels qui préparait des conventions avec les associations pour ces douzièmes. Finalement, cet argent non dépensé a fini par être intégré pour le budget 2026. Sauf que 14 projets de 2025 sont exclus du plan 2026 alors qu’ils espéraient pouvoir prétendre à un financement équivalent à un trimestre.
L’incertitude déjà pour la suite
« Cela pose une vraie question du respect du vote démocratique des douzièmes provisoires au parlement », pointe le secteur associatif.
En interne, à la Région, on nous explique que le vote du budget 2026 aurait en quelque sorte annulé de facto le vote des douzièmes de fin 2025. Les cabinets ou l’administration devaient alors l’annoncer aux associations concernées. Cela n’a visiblement pas été fait.
Si l’annonce des coupes a déjà l’effet d’une claque pour le secteur, l’incertitude permanente depuis plus d’un an va bientôt revenir. En effet, le plan de sécurité et de prévention doit couvrir plusieurs années. Or le Brugov s’est accordé uniquement pour 2026.
Un nouveau PGSP est donc en préparation pour les prochaines années, avec de potentielles nouvelles coupes. Ceux qui ont conservé leurs financements en 2026 ne sont donc pas à l’abri pour 2027.
Le plan 2026 devrait être formellement notifié aux associations d’ici quelques jours.
Projets arrêtés (14) : 2Bouts, Arts & Publics ASBL, CIDJ, Croix Rouge de Belgique, Femmes de droit, Foyer, JES, Les Grignoux, Médimmigrant, Modus Vivendi (x2), Réseau Intersection, SoHab, et Teach for Belgium.
Projets réduits (2) : ASBL Transit et Dune.
Projets maintenus (22) : Abrusco, ADDE, BeFUS, Bulle ASBL/Wasserette Mobile, CAB, Casa Legal, CCLJ, CPVCF, Dakira, Diogènes, FAIRWORK Belgium, FLCPF, Formeville, GAMS Belgique, Infirmiers de rue, Inforjeunes, Lama, MJB, Oasis Belgium, PAG-ASA, PREFER, et Women Do.
Projets à déterminer : Sublink.