Les corps ne remontent pas

Ces dernières années, des dizaines de personnes ont disparu dans le lac de Constance à la frontière entre la Suisse, l’Allemagne et l’Autriche. Le sort de bon nombre d’entre elles reste inconnu. La taille du lac joue un sans doute un rôle dans ce mystère, ainsi que la lenteur de la décomposition des corps dans l’eau.

Keystone-ATS

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26.07.2026, 17:00•26.07.2026, 17:01

En août 2025, des plongeurs s’entraînaient dans le lac de Constance, au large d’Überlingen (D), lorsque l’exercice a pris une tournure inattendue. A une profondeur de 102 mètres, ils ont découvert un cadavre. Normalement, à de telles profondeurs, un robot sous-marin équipé d’un bras préhensile est utilisé pour récupérer les corps, mais comme celui-ci était déjà partiellement squelettisé, l’engin n’a pas pu être utilisé.

Les plongeurs de la police allemande n’ont pas non plus pu récupérer le corps en raison de la grande profondeur. L’aide est venue de Suisse: les plongeurs équipés d’appareils dits à circuit fermé peuvent descendre plus profondément que leurs collègues allemands. Ils ont repêché le corps en préservant les traces, en le transférant sur une civière en osier et le remontant lentement à la surface.

Le défunt a ensuite pu être rapidement identifié. Cela faisait déjà seize ans que l’homme avait été porté disparu. Personne ne sait exactement ce qui lui est arrivé dans les dernières minutes de sa vie.

L’influence des courants

Le corps de cet homme n’est pas le seul à être resté longtemps dans le lac de Constance. Les services de police lacustre des trois cantons riverains tiennent une liste non officielle répertoriant toutes les personnes portées disparues et présumées noyées dans ce lac. «Actuellement, 103 personnes portées disparues figurent sur cette liste», a déclaré Marcel Kuhn, chef de service de la police maritime de la police cantonale de Thurgovie.

«La taille et la profondeur mêmes du lac de Constance ne permettent généralement pas de mener une opération de recherche exhaustive», a déclaré le chef de service de la police. La Suisse partage ce lac, plus petit Léman, avec l’Autriche et l’Allemagne: sa superficie est de 536 kilomètres carrés, soit un peu plus que celle de l’ensemble du canton de Bâle-Campagne. La rive s’étend sur 273 kilomètres et à son point le plus profond, le lac atteint 251 mètres. Sans indices concrets, la recherche d’un corps revient à chercher la fameuse aiguille dans une botte de foin.

Sous l’effet des courants du lac de Constance, les corps peuvent dériver sur de longues distances jusqu’à l’autre extrémité du lac, voire jusqu’au Rhin. Et lorsque les corps coulent dans le lac de Constance, selon M. Kuhn, la pression de la colonne d’eau les retient littéralement à partir d’une profondeur d’environ 30 mètres.

De nombreux corps ne flottent plus

«Dans les couches d’eau profondes, il n’y a pratiquement pas d’oxygène et les températures sont basses. Le processus de décomposition y est extrêmement lent», a expliqué le médecin légiste Sebastian Kunz. En réalité, c’est précisément le processus de décomposition qui, par la formation de gaz, entraîne au bout d’un certain temps une remontée des corps à la surface de l’eau.

La remontée du corps n’intervient parfois qu’après plusieurs années, car celui-ci peut rester coincé dans la vase ou dans la végétation et, par conséquent, ne pas refaire surface malgré la formation de gaz. Dans les profondeurs des cours d’eau, la chair des cadavres peut également servir de nourriture aux crustacés. Si la proportion d’os devient par la suite prédominante, il n’y a plus de flottabilité et les cadavres restent définitivement au fond.

En cas de froid et de manque d’oxygène, seules certaines bactéries sont capables de maintenir leurs fonctions vitales. «Les bactéries qui sont encore capables d’effectuer des processus métaboliques dans ces conditions ne peuvent pas décomposer les acides gras.» Une cire savonneuse gris-blanc se forme sur la peau des cadavres, également appelée «gras de cadavre». Ce processus alourdit progressivement le cadavre, qui reste ainsi en profondeur.

Les diatomées, indices déterminants

«Il est souvent difficile, au départ, d’évaluer depuis combien de temps un corps reste dans l’eau», a déclaré M. Kunz. Pour les médecins légistes, des algues microscopiques, appelées diatomées constituent un indice déterminant. «On les trouve dans divers plans d’eau, à des concentrations et avec des compositions d’espèces très variables», a expliqué le médecin légiste.

La présence de quantités importantes de diatomées dans les poumons et les organes permet donc non seulement de prouver la noyade elle-même, mais aussi de fournir des indices sur le lieu exact où elle s’est produite. Ainsi, une rivière présente généralement une composition en diatomées différente de celle du lac de Constance.

Lorsque les organes internes du corps sont examinés et que des diatomées y sont découvertes, il est donc possible de déterminer avec une grande précision l’endroit où la personne a pris son dernier souffle.