Les usines de lavage sont prêtes… Il ne manque plus que des bouteilles à laver ! Le retour annoncé du réemploi généralisé des bouteilles de vin en verre prenant plus de temps que prévu, les « laveurs » développent activité de conseil et lavage à façon. Certains craignent d’entrer rapidement dans le rouge.
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n mai 2026, la liquidation judiciaire du laveur Uzaje, et de ses quatre sites industriels ouverts en six ans (Neuilly-sur-Marne, Avignon, Strasbourg et Lyon Saint-Priest), a fait l’effet d’une douche froide dans la petite communauté des laveurs de bouteilles. Dans un communiqué, l’entreprise explique « ne pas avoir réussi à atteindre un modèle économique pérenne dans un marché dont le développement est resté plus lent qu’anticipé ». Et ce malgré les 13,5 millions d’euros levés et investis et les 20 millions de contenants passés dans ses tunnels de lavage.
On approche pourtant de 2027, échéance de la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire (AGEC) votée en 2021, qui fixe l’objectif de 10 % des contenants réemployés pour tous les metteurs en marché. Rien que pour la filière viticole, ça représente entre 250 et 500 millions de bouteilles à laver chaque année. Les usines sont prêtes pour au moins s’approcher de l’objectif, à leur échelle régionale. A côté de Nantes, l’usine Bout à Bout, flambant neuve, est équipée par exemple pour laver 60 millions de contenants par an… Mais n’a reçu que 500 000 bouteilles en 2025.
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On nous dit ‘Tenez, ça arrive’
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Depuis le début, le retour du réemploi et du lavage est présenté comme une course de fond plutôt qu’un sprint. « On nous dit tenez, ça arrive, résume Annik Le Deunff, patronne de Luz Environnement, à côté de Bordeaux. Mais les signaux ne sont pas bons. » Elle s’inquiète pour l’avenir de son entreprise à moyen terme. « J’ai encore de la trésorerie, mais je ne lave pas assez. En 2025, j’ai lavé 2 millions de bouteilles, dont 75 % de vin, et cette année je ne les ferai pas. »
La clé du volume, et donc de la survie de ces usines, repose en grande partie sur l’arrivée de la grande distribution dans le game. Le projet ReUse, porté par Citéo et présenté comme le grand retour du réemploi en grande surface dans le Nord-Ouest, est donc scruté avec attention. Las, un an après le lancement en juin 2025, les premiers résultats sont en-dessous des prévisions les plus pessimistes. Il n’y a à la fois pas assez de produits « réemployables » proposés dans les rayons, pas assez de supermarchés participants, et pas assez de retours des contenants par les clients. Et in fine, pas assez de contenants pour faire tourner à plein les chaînes de lavage flambant neuves des usines.
Citéo critiqué de tous côtés
Dans ce contexte, la grogne monte envers la stratégie déployée par Citéo. L’éco-organisme est accusé (en off) de trop « centraliser » le sujet, à force de parisianisme, en ignorant, voire en concurrençant le travail de proximité et de terrain réalisé par les opérateurs régionaux. Exemple de perte de temps cité : la bouteille de vin R-Cœur, ou bouteille standard, longtemps annoncée et enfin présentée en juin. « Citéo a voulu absolument l’imposer, on a perdu du temps là-dessus, alors qu’on a déjà un catalogue de bouteilles lavables qui fonctionne. Et pendant ce temps-là, nous on lave déjà plus de bouteilles que ce que récupère ReUse », grogne un responsable.
Autre critique : pousser les entreprises de lavage à surinvestir dans les équipements, plutôt que dans l’accompagnement et la communication. « On nous demande toujours plus, alors que nos unités de lavage remplissent déjà les critères de qualité des clients et qu’il n’y a pas de volumes à laver. Résultat : on a des Ferrari, mais on est réduits à rouler sur une route pleine de nids de poule. »
En attendant : lavage à façon et consulting
« Mais attention, il ne faut pas en conclure que le réemploi, ça ne marche pas », prévient Florence Duriez, d’Oc Consigne (Montpellier). Car même si les volumes restent encore insuffisants pour amortir les énormes investissements des usines de lavage, le réemploi se déploie sous d’autres formes.
Oc Consigne tourne ainsi avec du lavage à façon de bouteilles neuves mal stockées, ou pour des vignerons qui vendent leur vin chez eux, dans leur restaurant ou leur lieu d’événementiel, ou encore pour les bouteilles de bière. « Les brasseurs ont une rotation rapide et sont en avance sur le sujet. Mais on a quand même de plus en plus de vignerons », rassure la directrice.
Dans le Nord, « on tient globalement nos objectifs, et on collecte et on lave de plus en plus », assure le commercial de Haut la Consigne, Titouan Guisnel. « On est certes encore loin de 60 millions lavés par an, mais ce n’est pas notre objectif pour cette année. » L’essentiel de l’activité de l’entreprise concerne le lavage de bouteilles de bière. La startup de vente en ligne et de livraison à domicile Le Fourgon est également un partenaire essentiel.
Autre débouché : le consulting. Ces entrepreneurs du réemploi ont au moins développé, ces dix dernières années, une expertise sur le sujet. « On nous contacte pour des projets internes », explique Florence Duriez. « Notre ambition était de vivre uniquement du réemploi… mais il faut trouver des moyens pour tenir, le temps que le réemploi soit mature.»