À seulement 28 ans, la députée Dilara Bayrak a été élue en mai à la présidence du Grand Conseil genevois. Invitée de la RTS, elle évoque le défi d’occuper ce poste dans un monde politique « malade » de son manque de représentativité et elle appelle à donner davantage de moyens innovants à la démocratie.
En mai dernier, l’écologiste est devenue la plus jeune femme à occuper le poste de ‘première citoyenne’ de son canton. Une « lourde tâche » qu’elle endosse avec un mélange d’honneur et de pression, explique-t-elle mardi dans La Matinale.
« La présence dans l’hémicycle depuis un certain moment aide forcément, on a l’occasion de se faire connaître de ses pairs, les gens savent comment je travaille », explique la jeune femme, députée au Grand Conseil depuis 2020. « On essaye d’aboutir sur des accords politiques importants et on gagne la confiance des personnes. »
Les jeunes, grands absents en politique
Toutefois, « c’est clair qu’en étant plus jeune, ce n’est pas forcément évident », enchaîne-t-elle, rappelant que le législatif genevois ne compte actuellement que deux membres de moins de 30 ans. « Je pense qu’on a tendance à se remettre plus facilement en question. Mais la compétence ne vient pas automatiquement avec l’âge, elle vient avec l’engagement et de l’énergie qu’on est prêt à mettre pour une certaine tâche. Et on peut le voir dans différents domaines, la jeunesse n’est pas forcément synonyme d’inexpérience ou d’incompétence. »
Il y a énormément de jeunes qui s’engagent. Et quand on leur donne leur chance, ils et elles la saisissent
Dilara Bayrak
Le préjugé a toutefois la peau dure, déplore Dilara Bayrak, et il est donc difficile de convaincre les gens d’accorder leur confiance aux plus jeunes pour « représenter les intérêts de la relève, de la société naissante, de celles et ceux qui auront la lourde tâche de faire continuer le système ».
Conséquence: alors que les moins de 30 ans représentent plus de 20% de la population active, selon l’OFS, ils et elles ne représentent que 1,2% de la députation actuelle au Parlement fédéral. Pourtant, « il y a énormément de jeunes qui s’engagent. Et quand on leur donne leur chance, ils et elles la saisissent », constate-t-elle.
>> Ecouter l’interview de Dilara Bayrak dans La Matinale : L’invitée de La Matinale – Dilara Bayrak, présidente du Grand Conseil genevois / L’invité-e de La Matinale / 15 min. / aujourd’hui à 07:32 « Une certaine déconnexion »
Pour l’écologiste, cette absence est « le symptôme d’une maladie plus large de la représentativité dans nos démocraties en Suisse », rappelant aussi la sous-représentation des femmes. Or, « il est difficile de prendre des décisions dans lesquelles la population va se retrouver lorsque le Parlement n’est pas représentatif », note-t-elle. « C’est un véritable problème qu’il faudrait résoudre en donnant plus de moyens à la démocratie. »
Peut-être que les gens ne se reconnaissent plus dans les instances et les élites politiques
Dilara Bayrak
Dilara Bayrak déplore donc le manque de crédit accordé aux nombreux « outils innovants » en la matière. À l’instar, par exemple, des assemblées citoyennes: « Ce sont des outils complémentaires au Parlement qui existent déjà et qui permettent de sonder davantage la population et de faire bénéficier les entités publiques de l’intelligence collective. »
Par ailleurs, « peut-être que les gens ne se reconnaissent plus dans les instances et les élites politiques », ajoute encore la présidente du Grand Conseil genevois. « Pour moi, c’est une grave erreur, probablement liée à la perception de ce qu’est la politique, mais aussi peut-être à une certaine déconnexion vis-à-vis de la population. On n’est pas des politiques de métier, mais on occupe une position quand même différente, et je pense qu’il y a une certaine déconnexion. »
Propos recueillis par Adrien Krause
Texte web: Pierrik Jordan