Depuis deux mois et demi, une vitrine peu commune capte la curiosité des passants du cœur piéton de Bastia. Michaël Rossi et Marie Bronzini y ont installé leur atelier, ouvert depuis la mi-mai. Un lieu hybride, entre espace de travail et galerie, né sans plan préétabli, loin de l’image d’un business conceptuel métropolitain.
« C’était une volonté individuelle devenue commune, de trouver un lieu pour travailler, pas forcément pour accueillir le public », raconte Michaël Rossi, concédant que la pagaille avait fini par envahir son appartement. L’idée de départ, deux grandes tables et du matériel, a vite muté. Devant la curiosité des passants qui n’osaient pas entrer, le duo a aménagé un petit espace d’accueil, sans jamais vouloir en faire une boutique. « Il ne faut pas le considérer comme une boutique, c’est vraiment notre atelier, insiste Marie Bronzini. Il se peut qu’on reste jusqu’à une heure du matin sans que ce soit ouvert au public… On n’a aucune règle. »
Deux univers qui cohabitent
Le lieu a été aménagé « avec les moyens du bord », meubles, coussins et objets faits main, dans un esprit domestique assumé. Michaël Rossi et Marie Bronzini imaginent aussi leur atelier comme une escale pour d’autres créateurs à travers un cycle de rencontres.
Tables de travail, peintures, objets fabriqués à la main et mobilier détourné composent un atelier où les œuvres prennent forme sous les yeux des visiteurs. Esteban Chevalier
Michaël Rossi peint depuis le confinement, en autodidacte, nourri de Picasso et Basquiat, dans une approche qu’il décrit comme « graphique et esthétique ». Marie Bronzini dessine depuis l’enfance et a étudié les arts avant « de tomber amoureuse » de la radio. Elle a renoué avec la peinture il y a quelques années, portée par ses souvenirs d’enfance de la Marana à la Méditerranée, dans un registre plus narratif, qu’elle rapproche du fauvisme.
Leur collaboration, entamée il y a deux ans, se nourrit de ces différences. « C’est une conversation qu’on poursuit l’un avec l’autre. On n’est pas toujours d’accord, des fois ça bloque, puis ça débouche sur autre chose », explique Marie Bronzini. Deux toiles portent d’ailleurs leurs deux griffes, mêlant symboles et clins d’œil, du bouquet de citrons à celui de chamallows en passant au poisson rouge ou au masque africain symbolisant leurs deux visages.
Une expérience « ad vitam aeternam »
Si la vente n’était pas le projet initial, elle s’est installée naturellement, portée par le réseau de « copains artistes » créé autour de l’atelier. Une enseigne reste à trouver, si ce n’est l’inscription Atelier 11 soutenue par un pigeon-ornithorynque, sorti de l’esprit de Marie.
Pour l’instant, aucun horaire n’est affiché, aucune date de fermeture non plus. Les deux artistes veulent avant tout que l’expérience dure, « ad vitam aeternam » plaisante Michaël, sans se transformer en commerce classique.
À l’entrée, pas de discours préparé. Juste une vitrine ouverte sur la rue, et deux peintres qui continuent, jour après jour et dos à dos, leur dialogue silencieux devant le public.
Entre eux, l’image revient souvent : elle serait plutôt le jour, lui serait plutôt la nuit. Ou l’inverse, s’amusent-ils, tant leurs rythmes peuvent se répondre sans jamais se ressembler.