Les polluants organiques persistants (POP) sont également appelés polluants éternels, du fait de leur dégradation très lente. Ils englobent les désormais célèbres PFAS (substances per- et polyfluoroalkylées), mais aussi des insecticides organochlorés, des PCB (polychlorobiphényles), des PBDE (polybromodiphényléthers). Sols, eau, aliment, les POP sont omniprésents dans l’environnement même si nombre d’entre eux ont désormais été interdits.
Un lien entre l’exposition prénatale aux POP et l’obésité ?
Leurs dommages sur l’organisme ont été documentés, cancérigènes et perturbateurs endocriniens, entraînant un impact sur la croissance, l’immunité, la fertilité, la prise de poids. Une équipe française s’est intéressée à la relation entre l’exposition in utero aux POP et le développement staturo-pondéral des enfants. « Le surpoids et l’obésité sont en forte augmentation dans la population générale et pédiatrique, et exposent à des risques pour la santé à l’âge adulte, notamment d’ordre cardiovasculaire. Or certaines études épidémiologiques ont décrit une association entre le niveau d’exposition prénatale aux POP et la survenue d’une obésité », explique Charline Warembourg, chercheuse Inserm à l’Institut de recherche en santé environnement et travail de Rennes (Ille-et-Vilaine), dans un communiqué de l’Inserm.
Associée à Nathalie Costet, ingénieure de recherche à l’Inserm, elle a analysé les données de la cohorte Pélagie. Au total, 3 400 binômes mère-enfant ont été suivis, jusqu’à l’adolescence pour les enfants. Une quinzaine de POP ont été dosés dans des échantillons de sang de cordon ombilical prélevés lors de l’accouchement. Parallèlement, les deux scientifiques ont suivi l’évolution de l’indice de masse corporelle des enfants. « C’est important de s’intéresser aux trajectoires, car la prise de poids au cours de l’enfance n’a pas la même valeur prédictive de risque cardiovasculaire et métabolique futur selon le moment où elle se produit », souligne Nathalie Costet.
Quelles recommandations pour les femmes enceintes ?
L’étude, publiée dans la revue Environmental Research, confirme que l’exposition in utero à certains POP est associée à des profils spécifiques de développement de la graisse entre 0 et 12 ans. Deux profils sont ainsi connus pour être associés à un risque accru de développer des maladies cardiovasculaires à l’âge adulte. Le premier, caractérisé par un petit poids de naissance suivi d’une évolution vers un IMC élevé avant l’âge de 12 ans, serait associé à l’exposition prénatale aux PCB et aux pesticides organochlorés, chez les filles. Le second type, une adiposité élevée dès la naissance et maintenue au cours de la croissance, s’est avéré corrélé à une forte concentration totale de POP et un taux élevé de certains PFAS dans le sang de cordon, chez les garçons.
Aujourd’hui, la plupart des composés concernés ont été interdits mais certaines recommandations peuvent être formulées auprès des femmes enceintes notamment, concernant leur alimentation. La consommation de produits d’origine animale et de la mer expose aux POP mais l’intérêt nutritionnel du poisson est incontestable. « Il est donc recommandé de continuer à en manger régulièrement, tout en privilégiant les poissons maigres et en alternant les espèces. Pour diminuer l’exposition aux PFAS, les contenants alimentaires en plastique (particulièrement lorsqu’ils sont chauffés) et les ustensiles de cuisson antiadhésifs (surtout lorsqu’ils s’usent) devraient être évités », lit-on dans le communiqué de l’Inserm.
Alors que les enfants de la cohorte ont aujourd’hui plus de 20 ans, les auteurs poursuivent leur suivi et attendent des résultats sur l’évolution de leur santé cardiométabolique.