Des chercheurs de l’université de St Andrews (Écosse) se sont intéressés à une source de pollution presque absente des bilans carbone des exploitations minières. Publiée début juillet dans la revue Environmental Science and Technology, leur étude, la première à quantifier cette source d’émission de manière aussi détaillée, montre que les eaux acides formées dans les anciennes mines peuvent continuer à libérer du dioxyde de carbone longtemps après l’arrêt des extractions.
« C’est un résultat sidérant. Nous estimons que le bilan total des émissions liées au drainage minier acide, une fois que tous les sulfures extraits se seront altérés pour produire ce drainage, sera plus de dix fois supérieur à l’empreinte carbone conventionnelle de la production de cuivre », explique l’auteur principal, le Dr Luke Bridgestock.
Les émissions de 82 mines analysées
Lorsque des minéraux qui contiennent des sulfures sont exposés aux eaux de surface, riches en oxygène, ces dernières se chargent en métaux toxiques et deviennent très acides. Elles libèrent ensuite du dioxyde de carbone pendant des centaines, voire des milliers d’années. Le phénomène peut toutefois être neutralisé, mais les méthodes de traitement évacuent elles aussi du CO2.
Les scientifiques de St Andrews ont évalué 82 mines, encore en activité ou abandonnées, situées dans le sud-est de l’Espagne, la région qui est considérée comme celle produisant « les taux de drainage minier acide les plus élevés au monde ». En prenant en compte toutes les réactions chimiques des environs, y compris celles qui se produisent lorsque les rivières rejoignent la mer, ils ont découvert que les émissions issues de ces systèmes de neutralisation minier représentent une quantité de CO2 à peu près équivalente à l’empreinte carbone classique de la production de cuivre dans cette région.
Une prise en compte tardive
Pour le chercheur Luke Bridgestock et ses confrères, cette découverte complique les objectifs de neutralité carbone, alors même que la demande en métaux augmente pour fabriquer toutes sortes de technologies vertes (des panneaux solaires, des éoliennes ou encore des réseaux électriques). « Il est essentiel de revoir la manière dont nous traitons ces eaux acides afin de réduire ces émissions », insiste le chef du projet.
Cette pollution, jusqu’alors cachée, devra désormais être intégrée aux calculs des émissions du secteur minier, pour qu’ils soient plus transparents. Si son importance doit varier selon les régions du monde, elle est assurément l’une des principales composantes du coût climatique de l’extraction des métaux.