C’était l’une des conclusions possibles. En poursuivant en justice Associated Newspapers Limited (le propriétaire du Daily Mail et du Mail on Sunday), le prince Harry s’exposait à une défaite assortie d’une facture colossale. Suite au verdict, en défaveur du duc de Sussex et de ses six co-plaignants, la Haute Cour de Londres se réunit mercredi et jeudi pour déterminer le montant exact que devront débourser les concernés afin d’indemniser ANL des frais de justice engagés.

Pour rappel, le prince Harry et six autres plaignants (dont Elton John et son mari David Furnish ou encore les actrices Elizabeth Hurley et Sadie Frost) accusaient ANL d’avoir porté atteinte à leur vie privée en collectant illégalement des informations les concernant pour composer des articles pendant une cinquantaine d’années. Mardi 7 juillet, à l’issue d’un procès de onze semaines, la Cour royale de justice de Londres avait statué en faveur d’ANL, expliquant dans un rapport de 436 pages que les plaignants n’avaient pas « réussi à prouver les allégations ». Leurs témoignages, basés sur des « soupçons, même compréhensibles », ne composaient pas de preuves suffisamment « convaincantes », quand ANL avait su, en face, fournir « des explications légales quant à la provenance des articles et incidents contestés ».

« Les efforts déployés par la Cour pour disculper le Mail sont aussi choquants qu’ils sont totalement injustifiés », avaient réagit le prince Harry et la politique Doreen Lawrence, l’une de ses co-plaignantes, dans un communiqué conjoint après avoir pris connaissance du verdict. « Nous sommes venus devant ce tribunal pour obtenir justice et que les responsables rendent des comptes. Mais nous n’avons obtenu ni l’un ni l’autre. »

Des millions de livres à payer

Le revers judiciaire aura un prix. L’éditeur du Daily Mail a engagé 34,5 millions de livres (soit 40,24 millions d’euros) pour sa défense, rapporte la BBC. Les avocats du groupe demandent un remboursement intégral afin de compenser les « graves allégations » dont ils ont fait l’objet pendant plusieurs années et qui ont porté atteinte à la réputation de leurs journalistes et de leurs titres.

Or, les plaignants ont signé un contrat d’assurance qui les couvrait à hauteur de 16,2 millions de livres (18,9 millions d’euros). Manque donc à l’addition quelques 18,3 millions de livres (21,35 millions d’euros), que pourraient avoir à payer les plaignants.

« Le niveau de couverture actuel serait insuffisant pour couvrir l’ensemble de leurs frais », a déploré Nicholas Bacon, le représentant des plaignants lors de l’audience. Il a également affirmé que les sommes dépensées par ANL dépassaient de beaucoup le montant approuvé et que cela aurait un « impact particulièrement dur sur les demandeurs qui devront assumer la responsabilité personnelle ». Les avocats d’ANL exigent un premier versement de 9,9 millions de livres (11,55 millions d’euros) sous deux semaines. L’audience s’achèvera aujourd’hui, à Londres, mais la décision finale sera rendue ultérieurement.