Que se serait-il passé, à la Coupe du monde, sans la simulation aussi stupide qu’incongrue de Breel Embolo? S’il ne s’agit évidemment pas de refaire l’histoire, il n’empêche que cette question demeurera pourtant pour toujours en suspens dans la légende du football suisse. Et si? Et si? Et si le Bâlois ne s’était pas furieusement jeté à terre au cœur du match Suisse-Argentine, pour être logiquement expulsé dans la foulée après un 2e avertissement, la Nati aurait-elle fini par vivre un vrai conte de fées aux Etats-Unis? On ne le saura jamais. Toujours est-il qu’après ce plongeon, le parcours d’une équipe réduite à dix et plus en mesure de dominer le match tel qu’elle le faisait depuis 20 minutes face à l’Albiceleste s’est arrêté sur le parvis des songes, une qualification pour les quarts de finale d’une Coupe du monde à 48 équipes n’ayant pas le mérite de combler qui que ce soit.
Bien sûr, s’il y a eu un rêve d’exploit contre Lionel Messi et Cie, c’est parce qu’il y a eu quelques bonnes choses de faites, avant. Durant un mois, et par-delà une entame de compétition quasi apocalyptique contre le Qatar, la troupe de Murat Yakin aura réussi à faire croire qu’elle pourrait renverser tous les géants, paradoxalement sans en avoir fait tomber le moindre. Les modestes Bosnie, Canada, Algérie et Colombie (aux tirs au but) auront cédé devant le maillot rouge à croix blanche (ou vert pomme, c’est selon). Pas les Argentins, un coup de poignard somptueux de Julian Alvarez ayant fini par crucifier les Helvètes à quelques encablures d’une série de tirs au but de tous les possibles.
1/4 de finale, Argentine – Suisse (3-1 ap): fin de parcours pour la Nati aux portes des demies / Football – Coupe du Monde 2026 / 6 min. / le 12 juillet 2026
Le coup a été rude, forcément, pour un pays qui s’était mis à y croire, se réveillant même à 04h45 du matin pour voir les Fennecs se faire danser sur le ventre en 16es de finale par un Johan Manzambi phénoménal, qui s’est mué en révélation de la compétition pour finir par devenir le joueur suisse le plus cher de l’histoire en passant quelques jours plus tard de Freiburg à Aston Villa.
Le coup a été rude, insistons-nous, pour les Suisses qui ont sué entre les États-Unis et le Canada, et surtout pour ceux qui y ont littéralement brillé, Manzambi donc (hélas absent face aux Argentins), mais aussi Nico Elvedi, Gregor Kobel et Denis Zakaria, qui auront été, à l’image de Murat Yakin, les grandes satisfactions de la compétition, avant de buter sur les champions du monde en titre, futurs vice-champions après avoir à leur tour cédé face à une toute grande Espagne.
Le grand espoir genevois Johan Manzambi a marqué deux fois contre la Bosnie / 19h30 / 2 min. / le 19 juin 2026
Le songe de plusieurs nuits d’été s’est ainsi effondré dans un stade anonyme de Kansas City, uniquement animé par les chants argentins, qui l’auront secoué jusqu’au bout de la nuit. Au moment où, en Suisse, les oiseaux commençaient à chanter. Il était 06h00 et des poussières, à Genève, à Lausanne, à La Neuveville, à Fribourg et à Sion. Les uns pourraient retourner bosser, les autres se recoucher ou aller assister aux Aubes Musicales, en se disant, hélas tous ensemble, que, finalement, et malgré tout ce qu’on veut nous faire croire, le temps des défaites honorables n’est toujours pas révolu, en Suisse.