‘Duels’ est un livre signé Vincent Kappeler racontant, en trois chapitres, les histoires abracadabrantes arrivant à une flopée de personnages qui semblent dépourvus de bon sens, de morale ou de contrôle de leurs pulsions. Un récit fou, absurde, drôle, sombre et traversé d’un certain cynisme.

Si vous cherchez une lecture tranquille pour vos dimanches après-midi, passez votre chemin. Avec ‘Duels’, publié aux éditions l’Œil d’Or, l’écrivain et ancien ingénieur du son lausannois Vincent Kappeler nous livre une comédie humaine complètement déglinguée, à mi-chemin entre un cartoon de Tex Avery sanglant et un film des frères Coen sous acide.

Oubliez la morale, la culpabilité ou le simple bon sens. L’univers de ‘Duels’ est, selon les mots de son auteur, « un monde complètement sans limites », un « monde sans surmoi ». C’est le terrain de jeu idéal pour Magnus Sanderson, un inadapté social total qui adopte un chaton nommé Hermès. Lorsque son colocataire Chris ose suggérer de ramener la bête, Magnus règle le problème à sa manière en étranglant son colocataire.

Le bien, le mal, cela ne signifie pas grand-chose. L’important est d’être en accord avec soi-même. J’étais en accord avec moi-même au moment où je l’étranglais, maintenant moins.

Extrait de ‘Duels’ de Vincent Kappeler Des monstres (presque) attachants La couverture du livre "Duels" de Vincent Kappeler. [Edition L'oeil d'or] Vincent Kappeler et Jean-Luc André d’Asciano pour le livre « Duels » [Edition L’oeil d’or]

Tuer « comme on boit un verre d’eau »? C’est la signature Kappeler. Et cette imagination débordante et délicieusement immorale lui est insufflée par l’ennui, tout simplement. « Je suis quelqu’un de très banal et je m’ennuie, alors je lâche tout dans mes livres », explique l’auteur dans l’émission Vertigo du 22 juillet.

Divisé en trois chapitres qui finissent par s’entrecroiser, le roman fait défiler des personnages tous plus fêlés les uns que les autres. En plus de Magnus, il y a notamment Demeter Hegman, un quadragénaire qui, par pure flemme, abandonne ses nièces de 7 et 9 ans au milieu d’une forêt sombre avant de passer sa vie à écrire des lettres de culpabilité à son frère. Ou encore Carole, le personnage fétiche de l’auteur, qui refuse le deuil de son fils noyé en fantasmant complètement sa vie, s’imaginant en bergère fabriquant du fromage.

>> A écouter, l’interview de Vincent Kappeler et de son éditeur Jean-Luc André d’Asciano dans l’émission Vertigo : Les invités : Vincent Kappeler et Jean-Luc André d’Asciano pour le livre « Duels » / Vertigo / 29 min. / le 22 juillet 2026 L’éditeur comme garde-fou

Derrière ce joyeux carnage, il y a pourtant eu un vrai travail de canalisation. Jean-Luc André d’Asciano, le fondateur de la maison d’édition l’Œil d’Or, chez qui est édité ce livre, a dû jouer les modérateurs. Pas question de censurer l’absurde, mais il fallait lui donner un sens. « Un homme qui tue une femme, une femme qui tue un homme, politiquement, ce n’est pas la même lecture. (…) Même dans la plus délirante et la plus dingue des fictions, un meurtre, ce n’est pas gratuit », souligne l’éditeur.

Avec ce sixième roman, Vincent Kappeler confirme la création d’un univers singulier, absurde et cruel, où l’humour noir se mêle à une étrange tendresse pour les êtres brisés et parfois malfaisants.

Propos recueillis par Anne Laure Gannac

Adaptation web: ld

Vincent Kappeler, ‘Duels’, l’Œil d’Or, mars 2026.