Avec seulement huit médecins généralistes pour tout le secteur, la Haute Vallée de l’Aude figure parmi les territoires les plus touchés par la désertification médicale. Face à une situation qui se dégrade depuis plusieurs années, collectivités et professionnels de santé multiplient les initiatives pour tenter de préserver un accès aux soins devenu un enjeu majeur pour l’avenir du territoire.
Dans la Haute-Vallée de l’Aude, où les communes sont dispersées et les transports limités, trouver un médecin traitant est devenu un véritable parcours du combattant pour de nombreux habitants du territoire. Départs à la retraite, difficultés de recrutement, population vieillissante… Les signaux d’alerte se multiplient et fragilisent un peu plus un territoire déjà confronté à de fortes inégalités sociales et sanitaires. Un constat partagé par l’ensemble des élus à la santé des différentes communes réunis le 29 juillet dernier à Quillan, lors de la commission santé de la Communauté de communes des Pyrénées Audoises (CCPA). « L’offre de soins médicaux est aujourd’hui très fragile puisqu’on a de moins en moins de médecins. Le désert médical, on le voit tous les jours », résumait d’ensemble des intervenants.
Sur les 61 communes que compte l’intercommunalité, les habitants du territoire se partagent aujourd’hui seulement huit médecins généralistes. « Plus de 10 % de la population est privée de médecin traitant », explique Christian Soula, délégué à la santé de la CCPA. Une réalité qui oblige certains patients à parcourir plusieurs dizaines de kilomètres, jusqu’en Ariège, à Limoux ou à Carcassonne, pour obtenir une consultation.
Des besoins spécifiques
Une situation d’autant plus préoccupante que le territoire présente des besoins de santé supérieurs à la moyenne selon l’Assurance Maladie. Près d’un habitant sur deux a plus de 60 ans. Les affections de longue durée y sont plus nombreuses qu’ailleurs avec un taux de 33,5 % et les indicateurs de prévention (dépistages des cancers, vaccination ou suivi bucco-dentaire) restent inférieurs aux moyennes nationales.
La problématique s’est encore tendue ces derniers mois à Quillan avec le départ à la retraite de deux des trois médecins généralistes de la commune. Une perte importante qui a conduit les collectivités à accélérer leur mobilisation. « On a pris ce problème à bras-le-corps », rappelait dès le lancement du dispositif Un médecin près de chez vous le président de la CCPA, Francis Savy. Mis en place avec le soutien de l’ARS Occitanie, de la CPTS Moyenne et Haute Vallée de l’Aude et du centre hospitalier Limoux-Quillan, ce dispositif permet depuis juin dernier à des médecins volontaires d’assurer des consultations à Quillan, en attendant l’ouverture d’un futur centre intercommunal de santé à l’automne prochain.
Une vision des praticiens qui change
Pour autant, la pénurie ne s’explique pas uniquement par le manque de praticiens. « Les jeunes médecins ne veulent plus travailler seuls », ont rappelé plusieurs intervenants lors de la commission. Désormais, ils recherchent des équipes pluridisciplinaires, un secrétariat partagé, des assistants médicaux, un exercice coordonné et un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. Un changement de paradigme qui oblige les collectivités à repenser entièrement leur stratégie d’attractivité. Cette évolution est particulièrement visible dans les secteurs les plus isolés. En Pays de Sault, un seul médecin généraliste assure aujourd’hui le suivi de toute une population. À ses côtés, une unique pharmacie et un cabinet d’infirmières permettent encore de maintenir une offre de proximité.
Conscients de l’urgence, les élus de la CCPA, les élus des communes, les professionnels de santé, l’Agence régionale de santé travaillent désormais ensemble pour tenter d’inverser la tendance. « Il faut complètement changer notre façon d’attirer les médecins », s’accordaient plusieurs intervenants lors de la commission. Centres de santé, médecins salariés, télémédecine accompagnée, accueil d’internes ou encore nouvelles formes d’exercice… Autant de pistes aujourd’hui explorées pour permettre à la Haute Vallée de continuer à soigner ses habitants.
Pays de Sault : une vallée suspendue à un seul médecin
À Espezel, la patientèle pousse régulièrement la porte de la pharmacie pour récupérer un traitement ou demander un conseil. Ici, l’officine est plus qu’un simple commerce, c’est l’un des seuls lieux qui relie les habitants à un service de santé. Car sur le plateau, un seul médecin généraliste assure aujourd’hui le suivi de plusieurs communes. Autour de lui gravitent une pharmacie et un cabinet d’infirmières libérales qui, ensemble, permettent encore de maintenir une offre de soins de proximité.
« Le jour où le docteur Rouet prendra sa retraite, ce sera catastrophique », confie la pharmacienne Gaëlle Le Run. Derrière son comptoir, elle voit chaque jour les inquiétudes des habitants. Certains parcourent déjà plusieurs dizaines de kilomètres pour consulter un autre praticien, jusqu’à Ax-les-Thermes, Chalabre ou en Ariège. D’autres reviennent ensuite à Espezel pour faire préparer leur ordonnance. Mais chacun sait que l’équilibre reste fragile. « Moi, je dépends du médecin. S’il n’y a plus de médecin, la pharmacie ne pourra pas continuer », ajoute-t-elle.
Situé à Belcaire, le Dr Roland Rouet prend en charge la majorité des habitants du plateau. Une charge de travail importante, assurée en plus avec le travail des quatre infirmières installées au centre médical de la commune. Malgré cette présence, les difficultés pour répondre à l’ensemble des demandes sont croissantes.