Pendant l’été 2024, Tobias Renggli, alors étudiant, a relié à vélo et à pied les 26 plus hauts sommets de Suisse en moins de 26 jours. Un projet sportif documenté dans un film, mêlant endurance, aléas météorologiques et une quête gastronomique insolite.

À l’âge de 21 ans, Tobias Renggli, un Lucernois passionné de montagne, s’est lancé le défi de gravir les 26 points culminants des cantons suisses sans interruption. S’il avait déjà accompli cette entreprise par étapes durant son adolescence, l’objectif était cette fois de tout enchaîner en moins d’un mois. Le tout en minimisant la logistique et en se déplaçant exclusivement à vélo entre les massifs.

« Plus la probabilité d’échouer est importante, plus l’aventure est grande », explique le jeune homme dans le documentaire retraçant son parcours.

>> Voir l’aventure complète de Tobias : Mon croissant au sommet Mon croissant au sommet / Documentaires / 42 min. / le 5 septembre 2026 L’épreuve de la météo et de l’effort

L’expédition a rapidement été confrontée aux caprices météorologiques. Lors de l’ascension de l’Adula (3402 mètres) au Tessin, réalisée sous la pluie et le brouillard avec le sportif de montagne Simon Zuberbühler, la progression s’est avérée complexe.

J’étais assis sous un arbre au col de l’Albula et j’ai fondu en larmes tellement j’étais épuisé

Tobias Renggli

Les limites physiques de l’athlète ont également été mises à l’épreuve: après avoir gravi la Pointe Dufour (4634 mètres) dans le canton du Valais, Tobias Renggli a souffert de problèmes gastro-intestinaux le contraignant à une halte de 14 heures à Viège. Une fatigue cumulée qui a manqué d’interrompre le projet au col de l’Albula (GR), marquant un point critique d’épuisement au dixième jour.

« J’étais assis sous un arbre au col de l’Albula et j’ai fondu en larmes tellement j’étais épuisé », raconte-t-il. « Je ne voyais pas comment ce serait possible d’escalader toutes les montagnes qui restaient. »

Tobias s'est lancé le défi de gravir 26 sommets en moins d'un mois. Tobias s’est lancé le défi de gravir 26 sommets en moins d’un mois. Haute montagne et renoncements

Au total, ce parcours à travers le pays représente plus de 2500 kilomètres à vélo et des milliers de mètres de dénivelé à pied. Si certaines étapes, comme le Piz Bernina (4049 mètres, GR) ou la Pointe Dufour au-dessus de Zermatt, se sont déroulées de manière fluide, d’autres ont imposé des limites strictes.

Au Finsteraarhorn (4274 mètres), plus haut sommet bernois, les conditions de sécurité ont poussé Tobias Renggli et son compagnon de cordée, Martin Anthamatten, skieur-alpiniste et coureur de trail, à faire demi-tour à une cinquantaine de mètres du sommet. Une décision de prudence assumée par le jeune Lucernois. « Je suis même plutôt fier qu’on ait eu le courage de rebrousser chemin », confie-t-il.

Le fil rouge du croissant

En marge de l’aspect purement sportif, l’étudiant s’était fixé une mission plus décalée: déguster un croissant au sommet de chaque canton. Un jeu de mots, puisque ‘Gipfel’ signifie sommet en allemand et son diminutif ‘Gipfeli’ désigne le croissant en Suisse alémanique. Ce fil rouge a donné lieu à des expériences culinaires inégales, d’une viennoiserie tiède achetée à Zoug à un produit industriel sec dans le Jura.

La concentration des sommets sur le Plateau suisse, permettant d’enchaîner jusqu’à quatre points culminants par jour, a toutefois rendu ce volet gastronomique pesant sur la fin du parcours, l’athlète admettant avoir frôlé l’indigestion. En avalant jusqu’à quatre viennoiseries par jour, et douze en l’espace de trois jours, la récompense perd de son charme : « À un moment donné, c’est devenu pénible de manger autant de croissants », admet-il.

Tobias Renggli savoure son croissant après l'ascension. Tobias Renggli savoure son croissant après l’ascension. Fin de l’expédition

Après avoir traversé des moments de doute profond, le rythme s’accélère dans la dernière ligne droite. Tobias enchaîne dix sommets en deux jours seulement, traversant les cantons du Plateau suisse où les points culminants sont moins élevés.

Le périple s’est achevé au sommet des Diablerets (VD), le 26e point culminant, atteint au coucher du soleil après exactement trois semaines d’efforts continus. « C’était juste un sentiment de satisfaction tellement profond. J’étais profondément heureux », confie-t-il, ému.

Tobias Renggli au sommet avec son croissant. Tobias Renggli au sommet avec son croissant.

Au-delà de l’exploit physique, cette aventure a été une expérience formatrice pour Tobias. Le jeune homme, qui avait déjà traversé les 44 pays d’Europe à vélo à 18 ans, estime avoir appris davantage durant ces trois semaines qu’il n’aurait pu le faire à l’université. Une manière de s’échapper des révisions d’examens tout en redécouvrant la beauté de son propre pays. « Parfois, j’oublie à quel point la Suisse est belle et tout ce qu’on peut y faire », conclut-il, encourageant chacun à entreprendre sa propre quête, qu’elle soit sportive ou gourmande.

Le film ‘Mon croissant au sommet’ ou ‘Gipfeli of Switzerland’ de Simon Straetker est disponible sur PLAY RTS.

Gaëlle Bisson, Documentaires RTS