Le magnat du pétrole nigérian Aliko Dangote veut faire construire des raffineries à travers l’Afrique. Il y a quelques jours, le Kenya a finalisé un accord avec le Groupe Dangote pour établir une méga-raffinerie sur l’archipel de Lamu. Un site classé à l’Unesco que les écologistes locaux comptent bien défendre.
En Afrique, les effets de la guerre au Moyen-Orient et de la crise pétrolière activent et accélèrent les projets visant à l’indépendance énergétique du continent. Une tendance qui s’incarne notamment dans la construction de raffineries par le magnat du pétrole nigérian Aliko Dangote, considéré comme l’homme le plus riche d’Afrique.
Le président français Emmanuel Macron salue l’homme d’affaires nigérian Aliko Dangote lors d’un sommet à Nairobi en mai 2026. [AFP]
Certains acteurs se réjouissent déjà de l’émergence d’un ‘panafricanisme pétrolier’. Mais, pour le meilleur ou pour le pire, tout passe par les mains et les structures de l’industriel nigérian, propriétaire de l’une des plus grandes raffineries de pétrole au monde, située à Lekki, dans la mégapole de Lagos, dans son pays, le Nigeria.
La secrétaire générale adjointe des Nations unies Amina Mohammed aux côtés d’Aliko Dangote dans la raffinerie Dangote de Lagos en avril 2026. [AFP – TOYIN ADEDOKUN] L’empire d’Aliko Dangote
Aliko Dangote, âgé de 69 ans, est né dans une famille de commerçants. Il a bâti son empire en important du sucre, du riz et d’autres biens de consommation.
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Son groupe Dangote Industries Limited est le plus grand conglomérat industriel et privé d’Afrique de l’Ouest. Via Dangote Cement, le groupe est également le premier producteur de ciment d’Afrique et a contribué à la construction d’infrastructures majeures dans plus de dix pays. Il est également un acteur majeur du continent dans les secteurs du sucre, de la farine, des engrais, de la logistique et, bien sûr, de l’énergie.
La photo d’une canalisation menant à la cimenterie de Dangote Industries, près de de Dakar, au Sénégal. [AFP – SEYLLOU]
La raffinerie d’Aliko Dangote au Nigeria présente un investissement de 20 milliards de dollars, grâce à un financement sans précédent de banques africaines. Après la fermeture du détroit d’Ormuz, le groupe Dangote a fourni une grande partie du carburant circulant dans les pays d’Afrique de l’Ouest.
Expansion au Kenya
Dans un scénario qui menace de prolonger le conflit entre les Etats-Unis et l’Iran et d’avoir un impact sur le trafic maritime en mer Rouge, les ambitions expansionnistes du groupe Dangote gagnent de plus en plus les faveurs des différents dirigeants africains, qui souhaitent construire d’autres raffineries continentales.
Une photo prise le 20 mai 2021 montre des grues installées au port de Lamu, au Kenya. [AFP – DIHOFF MUKOTO]
Il y a quelques jours, un accord entre le groupe Dangote et le Kenya a été finalisé. Le président kényan William Ruto a annoncé la construction d’une méga-raffinerie dans le pays, considéré comme un pôle pétrolier de l’Afrique de l’Est, capable de raffiner le pétrole du bassin de Turkana, récemment nationalisé suite au départ de multinationales telles que TotalEnergies. La raffinerie kényane pourrait également s’approvisionner en pétrole brut auprès de pays voisins producteurs, comme l’Ouganda.
Les manifestations pour protéger Lamu
Cependant, tandis que les raffineries africaines séduisent les gouvernements nationaux et promettent des industries et des emplois connexes, les écologistes protestent contre les critères et les lieux d’implantation de ces raffineries. C’est notamment le cas au Kenya, dans l’archipel de Lamu, un site inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco et une destination touristique réputée.
Un dhow (ou boutre, un voilier traditionnel en bois à voile triangulaire) sur la plage de Kizingoni, près de Lamu, au Kenya. [Hans Lucas via AFP – ERIC LAFFORGUE]
Après avoir reçu deux propositions du gouvernement de Nairobi, le groupe Dangote a choisi d’implanter sa raffinerie dans le port de Lamu, dans l’archipel de l’océan Indien frontalier de la Somalie. L’économie locale y repose principalement sur la pêche, qui abrite de nombreuses espèces protégées. La circulation automobile y est interdite depuis toujours et la pollution y est extrêmement faible. C’est pourquoi les militants écologistes de Lamu se sont déjà mobilisés contre le projet et annoncent de nouvelles actions.
Des bateaux à moteur sont amarrés sur la côte à marée basse, tandis que des motos-taxis circulent sur la chaussée de la ville historique de Lamu. [AFP – TONY KARUMBA]
« Notre préoccupation est que, lors de la construction de ce grand projet, tout soit mis en œuvre de manière à ne pas compromettre notre cadre de vie et à prendre en compte le bien-être de nos populations. Il ne doit pas porter atteinte aux droits des personnes ni mettre en péril leurs perspectives d’avenir. Un investisseur doit venir pour le bien de la communauté et non pour la détruire, l’endommager ou avoir un impact négatif sur elle. Telle est notre position », explique l’un des écologistes, interviewé par la radio publique de la Suisse italienne RSI.
Des précédents
Ce n’est pas la première fois que la population, accompagnée d’écologistes et d’organisations de défense des droits humains, se mobilise pour bloquer des projets potentiellement nuisibles à Lamu. Contre un projet de centrale à charbon, « nous avons porté l’affaire devant les tribunaux contre l’investisseur et l’Etat. Et nous avons obtenu gain de cause », relate un militant. « Notre position est claire: nous devons garantir le bien-être de la population sans détruire l’environnement existant. »
Des passants arpentant les ruelles étroites de la station balnéaire de Lamu, au Kenya. [AFP – TONY KARUMBA]
Il s’agit d’une initiative d’une importance capitale pour toute la région de l’Afrique de l’Est, porteuse d’emplois et de prospérité économique, estiment pour leur part les défenseurs du projet de raffinerie. Cependant, l’incertitude plane sur son avenir.
« Il est encore trop tôt pour savoir ce qui va se passer, mais je crois que le gouvernement lui-même sait que les habitants de Lamu ne se laisseront pas faire. Si la situation s’aggrave, nous devrons saisir la justice et défendre nos droits. Nous en sommes capables. Nous avons déjà intenté deux procès contre le gouvernement et nous les avons gagnés les deux », conclut un des militants écologistes kényans.
Sujet original: Freddie Del Curatolo (RSI)
Adaptation française: Julien Furrer (RTS)