Le cœur vert de la Botte sort de l’ombre de sa prestigieuse voisine, tout aussi séduisante avec ses villages perchés, ses fresques et ses bons vins. Avanti !

Ces banquiers italiens ne se doutaient sûrement pas que leur salle d’audience traverserait ainsi les siècles. En 1496, la corporation des changeurs de monnaie de Pérouse, capitale de l’Italie, se voit attribuer des locaux au Palazzo dei Priori. L’Arte del Cambio fait appel à l’artiste le plus demandé du pays : Pietro di Cristoforo Vannucci, dit Le Pérugin, né à quarante kilomètres de là.

Le peintre va bientôt fêter ses 50 ans. Face au succès, il a ouvert deux ateliers, l’un à Florence, puissante capitale de la Toscane voisine où il s’est formé, l’autre à Pérouse. Et si, à son image, le voyageur contemporain s’émancipait de ce phare de l’art de la Renaissance pour explorer cette Ombrie hors des radars ? 

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Sur les fresques du Collegio del Cambio de Pérouse, Le Pérugin a représenté pêle-mêle des héros antiques, le Christ, des Vertus et des sujets civils. Son autoportrait trône sur un pilier, cheveux mi-longs et tunique noire. Sur le même mur, un personnage au geste délicat serait peut-être signé Raphaël, jeune apprenti auprès du maître. « Ce décor symbolise la naissance d’un esprit laïque et humaniste toujours propre à la ville », relève Ambra Antonelli, archéologue qui aide à décrypter le mille-feuilles que représente Pérouse.

Sur cette colline entourée de cyprès et de champs dorés, les vestiges historiques se superposent depuis les Étrusques jusqu’à l’unification italienne, au XIXe siècle. Une série d’escalators mène à un labyrinthe de ruelles médiévales investies par une joyeuse nuée d’étudiants. On se régale d’une gelato al limone e pistacchio devant la vitrine d’une boutique de cachemires d’Ombrie, héritage d’une tradition textile séculaire.

Après avoir admiré la fontaine Maggiore, chef d’œuvre de l’art gothique, on descend une succession de volées de marches pour gagner l’église Saint-Pierre, à l’intérieur fabuleux. « Je vais fermer mais, allez, je vous accorde dix minutes : on est souvent en contact avec le Louvre », lance tout sourire l’homme à l’accueil, reflet de cette dolce vita à l’ombrienne. « Nous restons une classe moyenne qui privilégie la qualité de vie et prend le temps de partager des repas dans un rapport harmonieux avec la nature, souligne Ambra Antonelli. Comme si le business nous importait peu sur une terre portée par la spiritualité. »

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Une ville-sanctuaire

La ville-sanctuaire d’Assise n’est éloignée que d’une vingtaine de kilomètres. Dans la basilique Saint-François, le Toscan Giotto contribua à infléchir la rigueur byzantine vers un art empreint d’émotion, ressenti avec bucolisme devant son Saint François prêchant aux oiseaux. La ville-sanctuaire abrite aussi le tombeau de sainte Claire tandis que, plein est, les monts Sibyllins ont vu naître saint Benoît, pas si loin de Cascia qui entretient le souvenir de sainte Rita. Entre deux, de merveilleux villages médiévaux s’égrènent d’une colline à l’autre : Todi, Orvieto, Spoleto, Gubbio…

« Dans notre guide sur la Toscane, nous ne cessons d’étoffer les pages consacrées à l’Ombrie et aux Marches », note Philippe Orain, directeur des guides de voyage Michelin. Ainsi, le nouvel opus qui sortira en septembre est-il tout simplement intitulé Le Grand Tour. Voyage hédoniste en Italie, Centre, incluant l’Ombrie. Sur la couverture, une statue antique porte des lunettes de soleil, touche glamour que l’on retrouve dans le paragraphe consacré à Città di Castello, ville natale de Monica Belluci.

Sous ce soleil méditerranéen, on s’offre un effet brumisateur devant la cascade de Marmore, créée au IIIe siècle av. J.-C. par les Romains. Le vaste lac Trasimène restant peu propice à la baignade, on préférera le contempler en arrière-plan des fresques du Pérugin, celles-là même qui se trouvent au Collegio del Cambio de Pérouse. 

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« L’Ombrie, c’est la Toscane sans les touristes. En Italie, on ne veut pas tous se retrouver sur le Ponte Vecchio à Florence. Il faut oser le pas de côté dans ce pays où l’art et la beauté sont partout. Dans cet esprit, quand je vais à Amorgos au printemps ou à l’automne, cette Grèce des années 1970 avec son café, son épicerie, je suis dans le vrai. Je vis comme un local, sans que ce soit superficiel. Ce qui ne fonctionnerait pas forcément à Mykonos ou à Santorin.

Le luxe de demain, c’est un luxe non ostentatoire à la recherche d’un instant, d’une émotion. De nouvelles adresses affichent une vulgarité qui me heurte spirituellement. J’appelle ça le syndrome du Bosphore : à Istanbul, des palais sublimes ont été rénovés sur une rive devenue l’un des endroits les plus chers au monde, transformés en hôtels dans le respect de l’architecture extérieure mais, à l’intérieur, tous les mêmes, dans un luxe standardisé. On pourrait se croire à Dubaï. Le nouveau chic, c’est la recherche du vrai. »

Carnet d’adresses

La piscine du Roccafiore.La piscine du Roccafiore. (Crédits : LTD / Roccafiore)

La vue depuis sa piscine est fabuleuse, avec l’impression de nager au milieu d’un océan de vignes dans cette Ombrie célèbre pour le rouge de Montefalco ou le blanc d’Orvieto. Sur la colline d’en face, Todi trône sur sa colline, chère au cœur de Jean d’Ormesson. Chambre à partir de 160 euros la nuit, petit déjeuner inclus.
📍 Via Chioano, 06059 Todi, Perugia
📱 +39 075 894 2416
roccafiore.it

Nun Assisi Relais & Spa

Le relais de Nun Assisi.Le relais de Nun Assisi. (Crédits : LTD / Nun Assisi Relais & Spa)

Dans l’enceinte de la ville d’Assise, cet hôtel a été aménagé dans un monastère du XIIIe siècle, ses anciennes cellules transformées en chambres au style minimaliste. Le spa avec vaste bain bouillonnant a été aménagé au milieu de ruines romaines. Table gastronomique, Benedikto Osteria, avec vue panoramique sur Assise. Double à partir de 735 euros, petit déjeuner inclus.
📍 Via Eremo delle Carceri, 1A, 06181 Assisi, Perugia
📱 +39 075 815 5150
nunassisi.com

Borgo dei Conti Resort

Le relais château Borgo dei Conti.Le relais château Borgo dei Conti. (Crédits : LTD / Borgo dei Conti Resort)

Ce superbe Relais et Château est perdu en plein campagne, à une demi-heure de route de Pérouse. On se promène dans ses bois puis on pique une tête dans sa grande piscine, en tapant la causette avec son maître-nageur, à l’italienne. A partir de 722 euros la double, petit déjeuner inclus.
📍 Strada Tavernelle Castiglione della Valle 606132 Boschetto Vecchio, Perugia 
📱 +39 075 600 338
borgodeicontiresort.com

Y aller
En voiture, l’Ombrie se situe sur la route de l’Italie depuis la France. En avion, depuis Florence ou Rome, location de voiture sur place.

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