La rumba congolaise, inscrite au patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’Unesco en 2021, continue de faire vibrer bien au-delà des frontières de la République démocratique du Congo. Dans la diaspora en France et en Belgique, une nouvelle génération d’artistes et de créateurs fait résonner cet héritage musical pour le faire évoluer en y mêlant ses propres influences et son époque. Reportage sur ces jeunes qui font de la rumba un art en mouvement, par Tom Schneider.
Dans sa chanson « Ewumela », l’artiste belgo-congolais Adam La Nuit chante l’espoir d’un amour éternel, l’un des thèmes les plus populaires de la rumba congolaise. Mélangeant le français et le lingala, il s’est beaucoup interrogé sur son rapport à la langue dans sa musique. « Maintenant, j’ai commencé à écrire clairement des chansons en lingala parce que j’ai pu faire un travail sur les réseaux sociaux où j’ai montré aux gens tout ce qu’on avait déjà comme héritage avec la poésie de la rumba congolaise. »
Adam La Nuit s’est progressivement affranchi d’un besoin de compréhension pour embrasser sa culture et chanter en lingala. Il utilise les réseaux sociaux pour toucher un large public et véhiculer son amour de la musique congolaise. « Je n’ai plus besoin de vouloir être compris. Je pense que les gens ressentent directement les choses, c’est le plus important. Et s’il faut absolument comprendre les choses, je ferai des vidéos avec des traductions. »
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Dans sa « rumba moderne », l’artiste Bruzer célèbre un lingala irréprochable
Adam La Nuit définit son style comme de la fusion, de par les influences rumba avec lesquelles il a grandi et des styles plus pop qu’il a découverts lorsqu’il est arrivé en France. Bruzer, lui, est un jeune chanteur qui s’est lancé récemment dans ce qu’il nomme la « rumba moderne ». Son titre « Boma Love » est le premier qu’il sort en lingala. Bruzer a beaucoup travaillé sur ses intonations et sa prononciation. « Je travaille sur mes accents, sur ma manière de prononcer les mots, etc. De sorte que le jour où je sortirai un son chanté totalement en lingala, on ne va pas me dire que, comme les Français disent, je suis un « bana poto ». »
Le « bana poto », c’est l’enfant de l’étranger en lingala. Lui qui a grandi en France, il sait qu’il doit se faire accepter d’un public congolais exigeant. Grâce à sa musique, il espère pouvoir se rendre au Congo pour la première fois de sa vie.
« Là-bas, il y a ma tante qui fait une grosse promo. Là-bas, partout où elle va, elle n’hésite pas à dire que « oui, j’ai mon neveu en Europe qui fait de la musique en lingala, qui fait de la rumba », tout ça. Si je peux aller là-bas grâce à ça, ça serait magnifique. »
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« C’est vraiment plus une sorte de devoir de mémoire. »
Grâce à ses vidéos sur les réseaux sociaux, Nsayie, une créatrice de contenu franco-congolaise, vulgarise l’histoire des grands artistes de la rumba. « C’est vraiment plus une sorte de devoir de mémoire. À la base, ça partait du fait que j’aime la musique et que je voulais partager la musique que j’aime. Mais au fur et à mesure, c’est devenu plus que ça. »
La jeunesse de la diaspora s’est ainsi emparée de la rumba pour en faire un art vivant, qui s’enrichit au gré des époques et des continents.
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