Derrière les vitrines du magasin Grangier Photo, les clichés du Corso interpellent le maire de Digne-les-Bains, Julien Di Benedetto. Devant une photo en noir et blanc datant de 1946, on y voit une réplique de la Grande fontaine sur l’un des chars de l’époque. « C’est magnifique, on dirait la vraie », commente l’élu dignois, qui a un lien particulier avec cette fête locale.
À l’occasion des 80 ans, cette année, du magasin de photo et du Corso de la Lavande, Patrice Grangier a exposé des photos prises par son grand-père Jean-Pierre, entre 1946 et 1952. Sur la vitrine, on peut voir aussi l’image d’un char en forme de bateau de Venise sur le Corso de 1948, une autre avec un parfum géant qui asperge la planète Terre, en 1949.
Troisième génération
Le rapprochement entre le magasin de photo et le Corso n’a rien d’un hasard. Les deux histoires sont intimement liées depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Lorsque le premier Corso renaît en 1946, Digne-les-Bains porte encore les stigmates du conflit. Les chars, faute de carburant, sont tirés par des bœufs ou des chevaux. Au milieu des spectateurs, Jean-Pierre Grangier immortalise cette fête retrouvée.
À l’époque, le photographe travaille avec Studio Baroux, installé boulevard Gassendi. En 1952, Jean-Pierre Grangier et son épouse Marie-Rose reprennent à deux le magasin, marquant le début de l’aventure familiale. Le couple conserve l’affaire jusqu’en 1985. Leur fils Gérard prend la succession jusqu’en 2008. Vient ensuite le tour du petit-fils Patrice pour prendre les rênes.
Rémi Garcin (à droite), responsable des archives communales de Digne-les-Bains, détaille les photos du Corso au maire Julien Di Benedetto (au centre) et Patrice Grangier (à gauche). / PHOTO LUCIE AMALRIC
Depuis les premières photos, il y a 80 ans, les archives communales de Digne-les-Bains ont conservé près de 120 tirages papier réalisés entre 1944 et le début des années 1950, ainsi que de nombreuses plaques de verre. Soixante-deux d’entre elles, consacrées aux Corsos de 1946 à 1949 puis de 1952, ont été numérisées. Douze d’entre elles trônent jusqu’à fin août sur les vitres du magasin.
« La photographie est toujours utile »
« C’est aussi une façon de rappeler que la photographie est toujours utile. Aujourd’hui, les images restent souvent sur nos téléphones. On arrive mieux à partager une photo imprimée », souligne Patrice Grangier, âgé de 53 ans.
Douze photos des anciens Corso sont affichées sur la vitrine du magasin. / PHOTO LUCIE AMALRIC
Le Corso fait également partie de son histoire personnelle. À partir de 1996, il s’investit une dizaine d’années au sein du comité des fêtes, dont trois comme coprésident. « Je n’ai jamais fabriqué les chars, j’étais dans l’organisation. Je me souviens que mon père gardait le magasin ouvert pendant le Corso. Les gens venaient acheter des pellicules pour continuer à photographier la fête », se remémore-t-il.
Pour Julien Di Benedetto, ces clichés racontent autant l’histoire du Corso que celle des Dignois. « Beaucoup d’habitants ont acheté ici leur premier appareil photo ou leurs premières pellicules. C’est une boutique qui a su se réinventer et traverser les décennies. » Comme le Corso de la Lavande, Grangier Photo continue ainsi d’écrire, année après année, une partie de la mémoire de Digne-les-Bains.