La Suisse aura du mal à atteindre ses objectifs climatiques pour 2030, principalement en raison des restrictions budgétaires voulues par le Conseil fédéral, a reconnu jeudi Albert Rösti dans une interview au journal Le Temps. Il estime toutefois que la « neutralité carbone » pour 2050 reste possible.

La Suisse s’est engagée à réduire de moitié ses émissions nettes de gaz à effet de serre en 2030, avant d’atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050. Pour le conseiller fédéral UDC, si l’objectif 2025 « devra être atteint », celui de 2030 semble donc mal engagé, admet-il dans cet entretien diffusé mercredi.

Comme une partie importante des réductions passe par l’achat de droits à émettre du CO2 (« crédits carbone ») à l’étranger, le ministre de l’Environnement « ne voit pas comment la Confédération pourrait débloquer les 300 à 400 millions supplémentaires nécessaires dans le contexte budgétaire actuel ».

« Plus facile » de réduire « dans les pays en développement »

Malgré le risque d’échec et un été de tous les extrêmes, il ne compte pas prendre d’autres mesures que celles déjà adoptées. La Suisse en fait « déjà beaucoup », estime-t-il. Mais « iI est évident qu’il faudra aller plus loin après 2030 ».

« Si nous ratons l’objectif de 2030, il faudra renforcer les mesures durant la décennie suivante », avertit Albert Rösti. « Une piste est d’étendre le système d’échange de quotas d’émission aux bâtiments et aux transports afin de générer davantage de recettes ».

Interrogé sur l’utilité concrète de ces ‘droits à polluer’, il assure que ceux-ci « donnent du temps pour réaliser les réductions les plus coûteuses » en Suisse. « Une tonne de CO2 évitée en Suisse ou à l’étranger produit le même effet sur le climat. La différence est que certaines réductions coûtent aujourd’hui moins cher dans les pays en développement. »

Nouvelle loi

Dans cette optique, le chef du DETEC prépare une nouvelle loi sur le CO2 pour la période 2030-2040. « Elle sera mise en consultation prochainement ». Elle devrait notamment renforcer le fonds de 30 millions de francs de l’Office fédéral de l’environnement pour soutenir certains projets d’adaptation.

« Il faut […] renforcer les moyens consacrés à l’adaptation, sans diminuer ceux destinés à la réduction des émissions », note l’édile UDC, annonçant aussi une nouvelle stratégie nationale pour l’approvisionnement en eau: « Elle visera notamment à une meilleure coordination intercantonale et […] à définir des priorités » en cas de pénurie d’eau.

Surpris par l’intensité de la canicule

Dans une autre interview accordée aux journaux du groupe Tamedia, Albert Rösti revient par ailleurs sur la canicule et la sécheresse et rejette les critiques visant le Conseil fédéral. Il n’est pas nécessaire que le gouvernement se réunisse en urgence pour réagir à une telle situation, car les instruments nécessaires existent déjà, juge-t-il, citant le transport d’eau vers les alpages par hélicoptère ou la facilitation des importations de fourrages pour l’industrie de la viande.

Interrogé s’il n’avait pas sous-estimé les répercussions du changement climatique, l’UDC admet aussi qu’il ne s’attendait pas à des épisodes de chaleur d’une telle intensité cet été.

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ats/jop