Le syndrome de Diogène reste méconnu. Ce trouble, souvent caché, touche des personnes de tous âges et de toutes classes sociales, les enfermant dans un isolement et un amoncellement d’objets et de déchets. L’émission Temps Présent a recueilli des témoignages.

En Suisse, le syndrome de Diogène, caractérisé par un entassement compulsif d’objets et un retrait social, est une réalité souvent dissimulée. Les personnes concernées, par honte ou par déni, ne sollicitent généralement pas d’aide, ce qui rend leur situation encore plus difficile à cerner.

Contrairement aux idées reçues, ce trouble ne touche pas uniquement les personnes âgées. De plus en plus de jeunes, comme Nicolas* (*prénom d’emprunt), se retrouvent prisonniers d’un environnement chaotique, reflet de blessures émotionnelles profondes.

Le témoignage de Nicolas, un trentenaire vivant à Genève, illustre bien cette réalité. Depuis plus de dix ans, il vit au milieu de déchets dans un appartement qu’il qualifie de « forteresse ». Après la perte brutale de ses deux parents, il a sombré dans un isolement extrême, jusqu’à recevoir un avis d’expulsion. « Je ne veux pas que mon entourage me reconnaisse. Pour moi, c’est une honte », confie-t-il.

Des causes multiples et complexes

Benjamin Lavigne, psychiatre au CHUV, explique que le syndrome de Diogène n’est pas officiellement reconnu comme une maladie, mais plutôt comme un trouble complexe. « Il se manifeste par un rapport pathologique au corps, aux objets et aux autres », précise-t-il. Ce trouble peut être déclenché par des événements traumatiques, comme un deuil ou une rupture, mais il est souvent lié à une accumulation de facteurs psychologiques.

Ce n’est pas de la paresse, c’est de la détresse

Jennifer

Carole Allamand, auteure du livre Tout garder, partage son expérience personnelle. Après le décès de sa mère, elle découvre un appartement transformé en véritable décharge. « Les objets ne vous trahissent pas, ils ne vous abandonnent pas. Chez elle, c’était évident qu’elle avait besoin de s’entourer d’objets rassurants », raconte-t-elle.

Un accompagnement nécessaire pour s’en sortir

Pour ceux qui souffrent de syllogomanie, un trouble souvent associé au syndrome de Diogène, l’accumulation compulsive devient une manière de combler un vide émotionnel. Jennifer, 27 ans, lutte depuis des années pour réorganiser son appartement. « La syllogomanie, ce n’est pas de la paresse, c’est de la détresse », affirme-t-elle. Avec l’aide d’un ergothérapeute, elle a commencé à reprendre le contrôle de son espace de vie, un processus long et exigeant.

Pour les personnes concernées, se détacher du matériel représente un véritable défi. Pourtant, comme le souligne Jennifer, « c’est possible d’en sortir ». Son témoignage se veut un message d’espoir pour tous ceux qui luttent contre ce trouble invisible, mais dévastateur.

Laurence Gemperle et Laurent Nègre