Un géologue tessinois a été tué près d’une mine d’or centrafricaine. Il travaillait pour une société aurifère émiratie. Un employeur pas si surprenant, car, après les Français, puis le groupe paramilitaire Wagner, ce sont aujourd’hui directement la Russie et les Emirats qui dominent le secteur en Centrafrique.

Le 30 juillet dernier, à 18 km de la ville de Damara, au nord de Bangui, la capitale de la République centrafricaine, un groupe armé non identifié a tendu une embuscade aux abords d’un chantier minier, le site de Gbango-Carrière. Un prospecteur tessinois y a été enlevé puis tué avec son chargé de sécurité, un sergent-chef des Forces armées centrafricaines (FACA).

Selon le média alémanique Der Bund, Luca Maggini, le géologue tessinois, officiait pour une société aurifère des Emirats arabes unis, ADMOG Gold, lorsqu’il est tombé dans cette embuscade. Les corps ont été retrouvés dans le village d’Imohoro, entre Bangui et Damara.

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Diplômé de l’Université de Lausanne

Hasard de l’actualité, en 2010, ce chasseur des trésors du sous-sol (or, diamant, zircon, fer, cuivre) originaire du sud de la Suisse, entre les vallées de la Maggia et de la Verzasca, avait été interviewé par le média public SWI swissinfo.ch.

Il a prospecté en République démocratique du Congo, en Zambie, en Côte d’Ivoire, en Guinée, en Ethiopie, au Gabon, au Mali, en Afrique du Sud, en Angola, avec des débuts dans la recherche d’or au Brésil en 2004. Il a souvent travaillé pour d’autres entreprises, mais aussi parfois en indépendant avec sa propre compagnie Maggini Lucky Exploration. L’homme était au bénéfice d’un master en géologie et sciences de la Terre de l’Université de Lausanne, obtenu en 1999.

« Mon métier ressemble beaucoup à la chasse au trésor. Pour réussir, il faut une grande curiosité. Plusieurs chemins, ou plutôt plusieurs méthodes, peuvent mener au Graal. La chance joue certainement un rôle, mais on peut augmenter ses chances. Le géologue qui réussit est celui qui interprète le mieux les données disponibles », racontait-il à SWI à l’époque.

Son meurtre pourrait être lié au crime organisé ou à un groupe rebelle. Selon les autorités locales, le Tessinois a été enlevé par des individus non identifiés.

Riche sous-sol

La République centrafricaine est l’un des pays les plus pauvres du monde: on estime que 85% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté et le système de santé est quasi inexistant. Pourtant, son sous-sol est riche. L’or et les diamants y ont toujours joué un rôle essentiel.

>> Ecouter un extrait de RSI sur le sous-sol de la République centrafricaine:

La géologie de ce pays recèle bien d’autres ressources. On y trouve également des mines de cuivre, des gisements de lithium et d’uranium. Surtout, le potentiel en terres rares, ces éléments convoités par la haute technologie mondiale, notamment le coltan et le cobalt, reste encore largement inexploité.

Qui contrôle les ressources de la Centrafrique?

La situation sur le terrain est aujourd’hui différente d’il y a dix ans, lorsque le président actuel, Faustin-Archange Touadéra, a décidé de s’allier avec le groupe paramilitaire privé russe Wagner après une longue période de domination française.

Au lieu de l’aider à stabiliser le pays – ébranlé par la forte présence des rebelles islamistes de la Séléka et des milices d’autodéfense Anti-Balaka – Wagner a obtenu les premières concessions minières.

Des forces françaises patrouillant à Bangui, en République centrafricaine, le mercredi 10 février 2016, avant l'élection de Faustin Archange Touadéra. [KEYSTONE - JEROME DELAY] Des forces françaises patrouillant à Bangui, en République centrafricaine, le mercredi 10 février 2016, avant l’élection de Faustin Archange Touadéra. [KEYSTONE – JEROME DELAY]

Suite à la mort d’Evgueni Prigojine, chef de Wagner, Vladimir Poutine a remplacé le groupe paramilitaire par l’Africa Corps, une structure placée sous commandement direct de Moscou.

Une décision qui a permis à d’autres acteurs étrangers, notamment les Emirats arabes unis, qui avaient toujours manifesté un vif intérêt pour l’or de la région, de conclure des accords avec Faustin-Archange Touadéra et d’investir dans le secteur minier du pays.

Le rôle des Emirats

Des entreprises émiraties sont maintenant présentes dans ce secteur, notamment ADMOG Gold, pour qui travaillait Luca Maggini, et surtout Sigma Mining, un géant basé à Dubaï.

Si d’autres petites entreprises chinoises, françaises et russes continuent d’exploiter des mines souterraines dans le pays, les Emirats sont devenus le principal partenaire minier du gouvernement. Et Vladimir Poutine demeure une sorte de ministre de la Défense de l’ombre, via l’Africa Corps.

L'ancien Premier ministre Faustin-Archange Touadéra dépose son bulletin de vote lors du second tour de l'élection présidentielle et du premier tour des élections législatives à Bangui, en République centrafricaine, le dimanche 14 février 2016. [KEYSTONE - JEROME DELAY] L’ancien Premier ministre Faustin-Archange Touadéra dépose son bulletin de vote lors du second tour de l’élection présidentielle et du premier tour des élections législatives à Bangui, en République centrafricaine, le dimanche 14 février 2016. [KEYSTONE – JEROME DELAY]

Le gouvernement centrafricain est très probablement en train de devenir un régime autoritaire. Faustin-Archange Touadéra, après une ère marquée par cinq coups d’Etat, a pris ses fonctions à Bangui en 2016 en tant que premier président démocratiquement élu.

Mais dès la fin de son second mandat, il a mis en œuvre une réforme constitutionnelle pour prolonger son mandat à vie, à l’instar de son homologue rwandais et allié Paul Kagame. Lors des dernières élections, qui se sont tenues en janvier 2026, l’opposition a dénoncé des fraudes et des intimidations.

Sujet original: Freddie Del Curatolo (RSI)

Adaptation française pour RTSinfo: Julien Furrer (RTS)