Il y a quatorze ans, au Botswana, Valentin Grüner a sauvé une lionne de la mort, alors qu’elle n’était encore qu’un lionceau. Aujourd’hui, l’Allemand consacre sa vie à restaurer une savane où les animaux sauvages peuvent prospérer.
Ce n’était pas dans les plans de Valentin Grüner, aujourd’hui âgé de 39 ans, de recueillir un lionceau. Mais le destin en a décidé autrement. Rejetée par ses parents – deux lions considérés comme problématiques et promis à une capture puis à une relocalisation –, la petite Sirga était condamnée. Sans l’intervention de l’Allemand, elle n’aurait tout simplement pas survécu.
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« J’ai dormi avec elle dans le Kalahari pendant un an et demi. Au début, elle se blottissait à mes pieds, dans mon sac de couchage. Plus tard, nous sommes partis chasser ensemble. Je ne lui ai rien appris: elle était simplement une lionne », raconte Valentin Grüner en buvant son café devant sa vieille caravane.
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Pour Valentin Grüner, il n’a jamais été question de faire de Sirga un animal domestique. Son objectif a toujours été qu’elle puisse vivre dans son habitat naturel. À mesure qu’elle grandissait, il s’est donc mis en quête d’une réserve où elle pourrait évoluer en liberté. Après des années de démarches et de persuasion, il est finalement parvenu à louer sa propre réserve pour son projet de conservation de la faune, Modisa. Sirga y vit aujourd’hui dans un vaste enclos, d’une superficie comparable à celle du lac de Zurich.
Le camp d’animaux sauvages de Modisa [SRF – Cristina Karrer] Le GPS, condition pour garder Sirga
Sirga porte en permanence un collier GPS qui permet à Valentin Grüner de connaître sa position. Si la réserve est clôturée, elle n’est pas totalement hermétique: des lions sauvages peuvent s’y introduire, et plusieurs ont déjà tenté de s’approcher de la lionne. Sirga, toutefois, défend son territoire et n’a jamais cherché à quitter l’enclos.
Les autorités du Botswana m’autorisent à garder Sirga à condition que je sache où elle est.
Valentin Grüner
En revanche, lorsque le signal du collier disparaît pendant plusieurs heures, l’inquiétude gagne immédiatement l’Allemand. « Les autorités du Botswana m’autorisent à garder Sirga uniquement à la condition que je sache en permanence où elle se trouve. Ce serait une catastrophe si elle s’échappait et attaquait du bétail ou, pire, des êtres humains. »
« Les animaux ne me voient plus comme un être humain »
Ce matin-là, le collier GPS est muet depuis quatorze heures. Inquiet, Valentin Grüner part à la recherche de Sirga. Lorsqu’ils se retrouvent enfin, la lionne de 180 kilos s’élance vers lui à toute vitesse. Les deux se percutent, roulent dans le sable et s’étreignent dans une scène aussi spectaculaire qu’insolite. Une complicité rarissime entre un grand prédateur et un être humain. Puis, ils reprennent le chemin de la réserve, Valentin Grüner, fidèle à son habitude, marchant pieds nus.
Pour l’Allemand, parcourir le Kalahari aux côtés de Sirga reste un privilège incomparable. Ils ont longtemps chassé ensemble, et la lionne partageait parfois ses prises avec lui. « Je me sens comme une partie intégrante du Kalahari. Les oiseaux viennent se poser sur ma tête. À côté d’un lion, les animaux ne me voient plus comme un être humain. C’est une sensation magique. »
Les retrouvailles entre Valentin et Sirga [SRF – Cristina Karrer]
Valentin Grüner consacre la plupart de son temps non pas à la lionne, mais à son travail de conservation animale au camp d’animaux sauvages de Modisa. Dans cette région reculée du Botswana, où les perspectives d’emploi sont rares, il a créé 25 postes de travail.
Il forme également des étudiants locaux et organise des séminaires de plusieurs semaines avec des participants venus notamment du Texas, afin de leur faire découvrir l’écosystème du Kalahari, l’un des plus vastes semi-déserts de la planète.
Régulièrement, il pilote aussi l’un de ses deux avions mis à disposition dans le cadre d’un partenariat avec le gouvernement botswanais pour compter les animaux ou rechercher des braconniers. Haut dans les airs – au-dessus de l’immensité du Kalahari – il évoque le rêve qui guide son engagement depuis toujours.
Le jour où je survolerai encore le Kalahari à 80 ans, j’espère voir de nouveau de grands troupeaux parcourir cette terre… et des lions.
Valentin Grüner
Valentin Grüner rappelle que le Kalahari n’a pas toujours présenté ces paysages clairsemés. « Autrefois, des millions de gnous traversaient cette région, comme ils le font encore dans le Serengeti. Aujourd’hui, leurs routes migratoires sont coupées par des clôtures », explique-t-il.
Selon lui, la restauration de cet écosystème reste possible en améliorant la gestion de l’eau grâce à la récupération des pluies. Son ambition dépasse largement le destin de Sirga. « Le jour où je survolerai encore le Kalahari à 80 ans, j’espère voir de nouveau de grands troupeaux parcourir cette terre… et des lions. »
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Cristina Karrer (SRF)