En Angleterre, le taux d’obésité chez les adultes a doublé en trois décennies pour atteindre le chiffre de 14,3 millions de personnes concernées. Une hausse qui s’explique notamment par la transformation des modes de vie et l’évolution de l’environnement alimentaire.
Une tendance qui inquiète. Malgré le lancement successif de 14 stratégies gouvernementales distinctes de lutte contre l’obésité au cours des trois dernières décennies, le phénomène n’a cessé de progresser en Angleterre. Entre 1993, année des premières données disponibles, et 2024, le taux d’adultes (personnes âgées de 16 ans et plus) obèses et souffrant d’obésité sévère est passé de 15 % à 30 %, selon une nouvelle analyse du King’s Fund publiée ce vendredi 7 août.
Selon les calculs de l’organisme britannique indépendant spécialisé dans les questions de santé, cette progression représenterait 7,2 millions de personnes supplémentaires. Au total, 14,3 millions d’adultes sont aujourd’hui concernés.
Par ailleurs, l’analyse révèle que les 16-24 ans sont particulièrement touchés par le phénomène. En 2024, 18 % d’entre eux étaient obèses ou souffraient d’obésité sévère, contre seulement 6 % en 1993. Cette hausse concernerait ainsi environ 730.000 jeunes adultes supplémentaires, portant leur nombre total à 1,1 million.
Des habitudes alimentaires en cause
Pour Dave Buck, chercheur principal en santé publique au King’s Fund, cette évolution est «clairement inquiétante». «Cette analyse révèle l’ampleur de l’inaction face à cette bombe à retardement qu’est l’obésité», a-t-il ajouté auprès de la BBC.
Pourtant, si ce dernier constate «une prise de conscience accrue des déterminants commerciaux de la santé, au-delà du tabac et de l’alcool», plusieurs facteurs peuvent expliquer cette évolution, notamment au niveau des habitudes alimentaires.
«Avec les services de livraison, il est aujourd’hui très facile et pratique de cliquer sur un bouton et de se faire livrer un repas à domicile. Du coup, on facilite encore plus la consommation d’aliments riches en matières grasses, en sel et en sucre», explique-t-il.
De plus, dans les grandes surfaces, le prix des aliments constitue également un facteur important. Les produits alimentaires moins sains sont devenus relativement moins chers, notamment sous l’effet de la concurrence entre les grandes enseignes de distribution.
Des réponses politiques inefficaces ?
Par ailleurs, depuis les années 1990, le développement du secteur des services et des emplois de bureau, qui s’est accompagné d’un recul de nombreux emplois industriels et manuels, peut également expliquer ce phénomène. Le quotidien professionnel est ainsi devenu plus sédentaire, avec davantage de temps passé assis et moins d’activité physique.
Toutefois, cette hausse de l’obésité au sein de la population anglaise intervient alors que les gouvernements successifs ont multiplié les mesures pour tenter d’y remédier.
Sous Tony Blair, ancien premier ministre du Royaume-Uni de 1997 à 2007, des restrictions ont notamment été instaurées concernant la publicité pour la malbouffe pendant les programmes télévisés destinés aux enfants.
En 2018, le gouvernement conservateur de Theresa May avait instauré une taxe nationale sur les boissons gazeuses à forte teneur en sucre, obligeant plusieurs fabricants à revoir la composition de leurs produits.