Cette déclaration, «Markets should play the ball, not the referee», émane de Kevin Warsh, le nouveau patron de la Réserve fédérale américaine. Elle ne se réfère aucunement à la Coupe du monde de football qui vient de se terminer mais s’adresse à la communauté financière. Le message est clair: pour anticiper les prochaines décisions de la banque centrale et les mouvements des taux d’intérêt, les investisseurs doivent davantage analyser l’économie et ses fondamentaux qu’écouter les déclarations des membres de la Fed.
Or, depuis la crise financière de 2008, la Fed avait habitué les marchés à l’exercice inverse. En effet, avec la forward guidance, elle indiquait précisément la trajectoire probable des taux. Les investisseurs en étaient parfois venus, logiquement, à plus regarder l’arbitre que le jeu.
Lire aussi: Pour les banques centrales, la communication proactive, c’est démodé
Rupture
Le changement dans la communication de la Fed souhaité par Warsh semble donc marquer une rupture. Une Fed moins explicite oblige les marchés à revenir aux fondamentaux et les taux doivent plus refléter l’analyse économique que le décryptage du moindre mot d’un banquier central. Mais cette évolution est en réalité moins une révolution qu’un retour au passé.
Lire aussi: Daniel Varela: «Les marchés obligataires vont continuer à tester Kevin Warsh»
En effet, Alan Greenspan, à la tête de la Fed de 1987 à 2006, plaisantait en 1987 déjà: «Si je vous parais particulièrement clair, c’est que vous avez probablement mal compris ce que j’ai dit.»
Plus de stabilité
Cette incertitude accrue, qui devrait se traduire par une hausse de la volatilité, ne recèle pas que des éléments négatifs. En conservant une part d’ambiguïté, la Fed peut ainsi éviter la prise de positions spéculatives excessives, potentiellement dommageables pour le système financier, et contribuer à une plus grande stabilité financière.
Lire aussi: La guerre et l’IA vont largement décider des taux américains ce mercredi
La réflexion de Warsh va plus loin et concerne aussi le «ballon» utilisé pour mesurer l’inflation. Une task force dédiée a d’ailleurs été constituée pour mieux analyser ce phénomène et des changements sont à prévoir. Plusieurs mesures d’inflation existent depuis longtemps et d’autres émergent, telle la Truflation, qui veut mesurer l’évolution des prix en temps réel en collectant des millions de prix en ligne (à comparer avec les 80 000 prix inclus dans l’indice CPI mensuel).
Lire aussi: «Greenspan put» et «Greenspeak» dans l’héritage d’Alan Greenspan, légendaire patron de la Fed
La Fed choisit donc les outils qu’elle considère comme les plus pertinents. Le paradoxe est que, par conséquent, la Fed demande aux marchés de moins regarder l’arbitre, alors qu’elle conserve le pouvoir de définir les règles du jeu…
Lire aussi: Kevin Warsh veut redonner de la liberté à la Fed
Jouer le ballon, certes… Mais encore faut-il savoir lequel l’arbitre a choisi. En attendant ce choix, l’arbitre reste au centre du jeu et la volatilité s’annonce plus élevée.